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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 17:00


Halfeti est un village de la vallée de l'Euphrate dont l'existence s'est trouvée transformée en l'an 2000 après la mise en eau du barrage de Birecik à 40 km en aval. Ce barrage fait partie d'un vaste programme d'aménagement du Sud-Est anatolien (projet GAP) dont le but principal est d'irriguer 1,7 million d'hectares de terres arides grâce à la construction de 22 barrages sur le Tigre et l'Euphrate.


La carte de la Turquie avec Halfeti en point de mire.


Alors que nous approchons d'Halfeti, je montre une photo de "Capitaine Mehmet" au chauffeur du minibus. Je dois le retrouver afin de lui remettre des photos de la part de Nathalie, mon amie d'Istanbul. Il le connaît. D'ailleurs, tout le monde le connaît ici car c'est l'officier de la capitainerie du petit port d'Halfeti. Le chauffeur me dépose alors directement sur le quai tandis que quelqu'un va le prévenir. C'est ainsi que je fais la connaissance de ce tout petit bonhomme au grand coeur.


"Capitaine Mehmet" posant devant son bateau.


En tant qu'ami de Nathalie, il est hors de question que j'aille à l'hôtel. Il m'invite donc à venir manger et passer la nuit chez lui dans sa famille. Rendez-vous est donc pris pour le soir. En attendant, il me propose une balade en bateau avec son fils. J'accepte volontiers cette promenade sur l'eau, d'autant que la journée a été très chaude.

C'est donc en bateau, par une belle fin d'après-midi, que je découvre le village d'Halfeti, ses maisons en pierre de couleur ocre et sa mosquée... baignant dans les eaux !


La mosquée baignant dans les eaux.


En fait, c'est toute une partie du village qui, après la mise en eau du barrage, s'est trouvée engloutie. A l'époque, de nombreux habitants ont été obligés de déménager. Ils ont été relogés dans de nouvelles maisons construites pour eux un peu plus haut sur le plateau. Aujourd'hui, le visage d'Halfeti a changé mais le charme du village, blotti au pied de la falaise, est resté intact.


Halfeti sur les bords de l'Euphrate.


Nous voilà donc partis en balade sur ce fleuve mythique qui a vu naître quelques unes des plus anciennes civilisations du monde.


La vallée de l'Euphrate, berceau de la civilisation.


Notre embarcation évolue dans un paysage splendide. De chaque côté, des falaises abruptes semblent plonger dans l'eau. C'est le plus jeune des fils de "Capitaine Mehmet" qui tient la barre.


A bord, deux des fils de "Capitaine Mehmet" (au centre) et trois amis de la famille.


Bientôt, sur notre gauche apparaît l'ancienne citadelle de Rumkale. Sa position stratégique était connue dès l'Antiquité. Etablie sur une crête, au confluent de l'Euphrate et d'un de ses affluents, elle permettait de contrôler le trafic fluvial.


L'ancienne citadelle de Rumkale.


Nous décidons d'y faire une halte et accostons au pied de la falaise. L'accès se fait par un petit chemin escarpé taillé dans le roc. Une fois arrivé au niveau des ruines, on découvre une superbe vue sur la vallée de l'Euphrate.


La vallée de l'Euphrate et le chemin d'accès à la citadelle.


Le site est truffé de petites cavernes, en fait d’anciennes maisons troglodytiques, et de vestiges anciens.


Vue sur le Merzumen, un affluent de l'Euphrate.


Nous remontons à bord de notre embarcation et continuons notre promenade sur le fleuve. Un peu plus au Nord, sur la rive opposée, se trouve le village fantôme de Savaşhan. 400 habitants avant le barrage, un seul aujourd'hui... La route étant noyée sous les eaux, le village n'est aujourd'hui accessible qu'en bateau.


Le village fantôme de Savaşhan.


Les maisons sont abandonnées depuis une dizaine d'années et déjà, la végétation prend le dessus. Et dans le paysage aride de cette vallée engloutie, une image surréaliste : celle de la mosquée dont seul le minaret pointe hors de l'eau...


Le minaret de la mosquée de Savaşhan.


Mais l'heure avance et il nous faut songer à faire demi-tour. Yasin, pourtant habitué à emmener les touristes sur le fleuve, ne se lasse pas du paysage.


Yasin, à la proue du bateau lors du second passage devant les ruines de Rumkale.


Rendez-vous est pris le lendemain pour une nouvelle promenade en bateau, vers le Sud cette fois-ci. Nous partons de bon matin. Je suis seul à bord avec Yasin.


La lumière du matin sur les falaises abruptes.


De temps à autre, sur les rives apparaissent quelques hameaux abandonnés. Sur les hauteurs, des trous dans la falaise révèlent l'existence de nombreuses maisons troglodytiques.


Un hameau abandonné et d'anciennes maisons troglodytiques.


Au bout de deux heures de route, nous arrivons à hauteur d'un village de plus grande importance. Quelques rares habitants y vivent encore, préférant vivre loin de tout mais chez eux plutôt que sur le plateau, coupés de leurs racines.


Le village de Gümüşkaya köyü.


Et là, en contrebas des dernières maisons, à l'entrée d'une petite baie, une vision bien étrange.
Celle d'un minaret pointant sa flèche hors de l'eau, comme un dernier salut au ciel...


Le minaret de l'ancienne mosquée.


Sur le chemin du retour, Yasin me confie la barre, à charge pour moi de ramener le bateau à bon port... Pendant ce temps-là, lui, fait la sieste ! Me voilà ainsi promu, l'espace de deux heures, "capitaine" sur le fleuve mythique de l'Euphrate, ce dont je ne suis pas peu fier...


"Capitaine Hubert" à la barre.


L'aménagement du Sud-Est anatolien n'est pas sans conséquences. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont été contraintes de quitter leur maison. L'environnement a subi des dommages irréversibles. De nombreux sites archéologiques ont disparu, noyés sous les eaux, et d'autres devraient subir le même sort car le plan d'aménagement, malgré les controverses et les retards, se poursuit encore aujourd'hui.


Les barrages déjà en service (en noir) et les quatre barrages restant à construire (en jaune).


Enfin, autre problème, et non des moindres, l'exploitation intense du Tigre et de l'Euphrate engendre des tensions avec les pays voisins situés en aval,
 la Syrie et l'Irak, pour qui ces deux fleuves sont vitaux. Demain, bien plus que le pétrole, l'eau risque d'être une source de conflits dans cette région du globe...

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Published by Hubert Longépé - dans Anatolie orientale
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commentaires

Taste of Beirut 12/10/2013 18:13

J'ai visité l'Euphrate en Iraq, ce serait intéressant de le faire en Turquie aussi; dommage pour tous ces trésors ensevelis; qui sait, un jour on fera des fouilles ..les intêrets économiques
priment toujours je vois.

Hubert Longépé 03/12/2013 20:15



Et aux dernières nouvelles, le projet GAP avec la construction de 22 barrages continue toujours... Voir l'article suivant :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_d%27Anatolie_du_Sud-Est



Eric 26/10/2009 22:26


Que c'est beau et bon à lire ... j'ose pas imaginer pour toi qui a vécu tous ces paysages le bonheur que cela doit faire ressurgir ... Bizzz


Hubert Longépé 18/11/2009 09:30


Je suis content de voir que les paysages de Turquie te séduisent comme ils ont pu me séduire. J'ai effectivement plaisir à revoir les photos et réalise la chance que j'ai eu de faire toutes
ces découvertes.


Nat 25/10/2009 17:41


Les enjeux économiques et politiques, en matière d'approvisionnement en eau des pays voisins, sont énormes... Ils ont pris le pas tant sur les enjeux humains qu'historiques. Yeni Halfeti, le nouvel
Halfeti construit à une dizaine de kilomètres plus haut, n'a plus rien à voir avec les superbes constructions de pierre de l'ancien Halfeti et les jardins qui bordaient la rive ne sont plus qu'un
lointain souvenir...