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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 22:52


Situé au coeur d'un parc national dans les montagnes du Taurus qui culminent à plus de 2000 mètres,  le Mont Nemrut (Nemrut Dağı) est à juste titre le site phare de la Turquie orientale. Mais j'ai bien failli ne jamais le voir... Vitesse excessive, virages à la corde et dépassements dangereux, le chauffeur du minibus qui nous emmène à Kâhta (ça ne s'invente pas) ne nous aura rien épargné. Quand je pense que mes proches s'inquiètent pour moi suite à l'attentat perpétré un mois plus tôt à Istanbul (le 9 juillet 2008), ils ne se doutent pas que je risque davantage sur les petites routes de l'arrière-pays...


La carte de la Turquie avec le parc national du Mont Nemrut en point de mire.


Je passe la nuit dans un petit hôtel juste à l'entrée du parc et le lendemain, je fais l'ascension à pied (2 heures). En arrivant sur le site de très bon matin (bien avant les premiers touristes), je peux profiter pleinement du lieu. La surprise est totale. Tout en haut, sur le sommet de la montagne, au milieu d'un paysage aride, se profile une tombe monumentale digne des Pharaons de l'ancienne Egypte. Il s'agit d'un gigantesque tumulus de forme pyramidale datant de l'époque préromaine.


Le Mont Nemrut et son sommet artificiel.


Les pierres concassées ont été entassées là pour former un monticule de 50 m de haut (et sans doute encore plus haut à l'époque). De chaque côté du tumulus, trois plateformes ont été aménagées, une à l'Est, une au Nord et une autre à l'Ouest. Sur chacune d'elles, on trouve des restes de temples ainsi que des statues colossales d'environ 8 mètres de haut.


Les statues colossales trônant devant le tumulus sur la plateforme Est.


Des séismes ont décapité les statues et les têtes gisent désormais sur le sol. Il est prévu de les replacer sur les corps mais en attendant, on s'est contenté de les redresser et de les caler avec des pierres. Elles restent néanmoins impressionnantes (entre 1,40 m et 2,50 m de haut).


Les têtes des statues gisant sur le sol.


Mais qui donc est enterré ici ? Quel personnage important a mérité que l'on érige une montagne pour lui ?

C'est un ingénieur allemand qui découvre le site par hasard en 1881 alors qu'il parcourt la région dans le but d'établir des voies de communication pour le compte des Ottomans. Il faudra attendre les années 1950 pour entreprendre des fouilles et percer enfin le mystère...


Antiochos Ier Commagène et Héraclès.


On sait aujourd'hui qu'il s'agit d'Antiochos Ier Commagène, un roi qui vécut au 1er siècle avant J.-C. Il régna sur un territoire riche et fertile d'une grande importance stratégique puisqu'à l'époque, il marquait la frontière Est de l'Empire romain et la frontière Ouest de l'Empire parthe.


Kartal, le faucon et Aslan, le lion.


Ce roi, quelque peu mégalomane, se prétendait l'égal des grands rois-dieux du passé. Pour son repos éternel, il lui fallait donc trouver un endroit à la hauteur de sa "grandeur". Et quel meilleur endroit que le sommet d'une montagne ?


Les restes d'un temple sur la plateforme Est dominant la montagne.


C'est ainsi qu'il ordonna la construction des temples et du tertre funéraire que l'on peut voir aujourd'hui. On peut d'ailleurs penser que sa tombe, ainsi que celle de certains membres de sa famille se trouvent toujours sous ces tonnes de pierres...


D'autres têtes colossales devant le tumulus sur la plateforme Ouest.


Il fit sculpter des statues de lui-même et des dieux ("sa famille", selon lui) et les fit installer au sommet du Mont Nemrut. Parmi les dieux représentés, on trouve Zeus (dieu du Ciel et maître des dieux), Héraclès (Hercule chez les Romains), Apollon (dieu de la Beauté, de la Lumière et des Arts), Tyché (divinité du Destin), Hermès (dieu du Commerce et des Voyages)... etc.


Les têtes de Zeus, Apollon et Kartal, le faucon.


Le visage d'Hermès.


Sur la plateforme Ouest, on trouve également des stèles de basalte provenant d'un temple aujourd'hui détruit. Elles représentent différents rois perses et grecs dont Antiochos se prétendait "l'héritier".


Une procession d'antiques rois perses et grecs.


Détail d'une stèle.


A quelques kilomètres de là, se trouve un autre tumulus (Karakuş Tümülüs). Lui aussi abriterait des tombes. Il est entouré de colonnes qui marquent l'emplacement d'anciens temples. Ces derniers ont disparu car les Romains en ont utilisé les pierres pour construire différents édifices, notamment un pont dont nous parlerons plus loin.


Les restes d'un temple avec au loin, le sommet artificiel du Mont Nemrut.


Tout comme au Mont Nemrut, on a élevé un pic artificiel de rocs concassés. Une inscription trouvée sur l'une des colonnes laisse à penser qu'il s'agit  de la sépulture de parents du roi Mithridate II (1er siècle av. J.-C).


Les deux colonnes (l'une coiffée d'un lion) devant le tumulus.


Une troisième colonne (surmontée d'un aigle) de l'autre côté du tumulus.


A dix kilomètres de là, juste à l'entrée de gorges creusées dans le calcaire, on peut admirer un magnifique pont romain en dos-d'âne.


La rivière Cendere et le pont de Chabina (IIe siècle).


Il a été construit avec les pierres taillées provenant des temples évoqués plus haut. Sur les quatre colonnes corinthiennes d'origine, trois sont encore debout.


Les colonnes corinthiennes du pont.


La magie de ces lieux est indéniable, en particulier le sommet du Mont Nemrut au petit matin. Le fait de se retrouver seul permet de mieux "s'approprier" le site et de mieux en ressentir l'atmosphère mystique. Et puis ces tumulus n'ont pas encore révélé tout leur mystère. Qui sait ce qu'on trouvera un jour sous ces tonnes de pierres ?

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Published by Hubert Longépé - dans Anatolie orientale
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commentaires

JP 14/05/2016 18:19

Je confirme en juin 1974 il n'y avait personne.
Ce site est époustouflant et doit être protégé.
Suis aussi monté en jeep depuis Adiyaman

Teulé 29/01/2011 17:52


Pour avoir fait ce parcours en 1974 !... j'ai suivi ce reportage avec émotion. Un détail: la piste qui mène au pied du site n'était pas encore pavée. Pour y aller, j'avais loué un guide, un 4x4 et
un traducteur. Ce dernier était le fils du chef de la poste à Adyaman. (lequel faisait des études d'œnologie en Suisse !) Quelle aventure !!!.....


Hubert Longépé 30/01/2011 09:14



L'aventure sûrement d'autant qu'en 1974, il ne devait pas y avoir beaucoup de touristes dans la région d'Adyaman...



Claude LONGÉPÉ 11/10/2009 11:59


Nous t'encourageons vivement pour la poursuite de tes articles sur la Turquie.
Nous attendons avec impatience que tu nous racontes ton dernier voyage de cet été 2009 ... en Chine durant 8 semaines !


Hubert Longépé 12/10/2009 20:44



Il me faut déjà aller au bout de ce blog sur la Turquie avant d'envisager le début d'un autre... mais qui sait ?



Nat 06/10/2009 14:18


Je vois que le chemin d'accès menant au site a été pavé entièrement depuis mon passage il y a tout de même un peu plus de 2 ans...


Hubert Longépé 12/10/2009 20:45


Oui mais à pied, la pente est toujours aussi raide...