Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 22:40


Sivas, ville de 250 000 habitants, est située sur un plateau à 1280 m d'altitude. Pas la moindre montagne à l'horizon, juste un immense plateau désertique que j'imagine balayé par les vents d'hiver. Mais pour l'instant, c'est l'été, nous sommes à la mi-juillet et je peux profiter d'une fraîcheur relative, environ 25-30 degrés.

01
La carte de la Turquie avec Sivas en point de mire.


A la Maison des Enseignants, j'ai la chance de rencontrer Halid qui se propose de me faire visiter la ville. Etudiant dans la province de Bartın (près d'Amasra), il est de retour dans sa ville natale pendant les vacances scolaires. La rencontre s'est faite de façon tout à fait fortuite. Il passait tout simplement dans la rue quand on lui a demandé s'il pouvait venir traduire les propos du réceptionniste pour moi. Bientôt, nous sommes rejoints par Ahmet, le frère de Halid, au regard bleu azur, assez surprenant dans cette contrée.

02
Halid, à droite, et son frère Ahmet.


Ils vont me servir de guides tout au long de la journée. La visite commence par le centre-ville. Les constructions modernes offrent bien peu d'intérêt mais il y du monde partout et il règne une ambiance bon enfant. Halid me prévient cependant que Sivas reste une ville extrêmement conservatrice et qu'il n'y a pas grand chose à faire pour les jeunes, "une seule discothèque pour toute la ville", se plaignent-ils.

Mes hôtes m'emmènent ensuite voir les monuments seldjoukides de la ville. Les Turcs seldjoukides, venant de Perse sont ceux qui ont mis fin à l'Empire byzantin et occupé une grande partie de l'Anatolie entre le XIe et le début du XIIe siècle.  Ils ont laissé derrière eux quantité de monuments à l'architecture remarquable. Malheureusement, ma déception est grande car la plupart des édifices  est fermé pour cause de restauration. Seules l'école coranique Bürüciye (aujourd'hui occupée par un jardin à thé !) et l'Ulu Camii (Grande Mosquée) sont ouvertes au public.

03
La Grande Mosquée (1197) et son minaret incliné (1213).


Bien que souvent remaniée au fil des siècles et coiffée d'un toit moderne, la Grande Mosquée n'en est pas moins le plus vieil édifice de la ville. Ses piliers sont debout depuis plus de huit cents ans.

04
La grande salle de prière et ses 50 piliers.


Alors que nous entrons dans la mosquée, nous entendons un murmure au loin. Tout près du minbar (chaire à prêcher), un vieux barbu tient un discours devant un auditoire silencieux et attentif, composé de deux ou trois personnes assises en cercle autour de lui. Nous nous approchons et bientôt, nous nous trouvons mêlés à ce qui semble être un débat théologique. S'adressant à Halid, il demande :
- Et toi, qui est-ce qui t'as créé?
- Allah, répond Halid.
- Qui a créé tes yeux pour que tu puisses voir ? Qui a créé tes oreilles pour que tu puisses entendre ? Et qui a créé ta bouche pour que tu puisses parler ?
A chaque fois, Halid répond par un "Allah " plein d'humilité tandis que les autres membres de l'assistance opinent du chef. Mais bientôt, le regard du vieux barbu se porte sur moi et je sens que je vais être interrogé à mon tour...

05
Le minbar de la Grande Mosquée.


Ca ne manque pas.
- Et toi, qui est-ce qui t'as créé ? Qui a créé tes yeux pour que tu puisses voir ? Qui a créé tes oreilles pour que tu puisses entendre ? Et qui a créé ta bouche pour que tu puisses parler ?
Et là, je ne sais pas ce qui me prend, je réponds :
- Ma mère !
Les mots sont sortis de ma bouche. Trop tard. Je réalise que je viens de gaffer. Alors que Halid traduit mes paroles, j'imagine la réaction probable que va susciter ma réponse insensée en ce lieu hautement symbolique qu'est la mosquée au coeur d'une ville réputée conservatrice... C'est de la pure provocation, je vais me faire lyncher !
Mais, à ma grande surprise, le vieux barbu éclate de rire. Les autres aussi. Ouf ! Je l'ai échappé belle...

La suite de la conversation montrera que, non seulement mon vieux barbu, malgré son air sévère, a beaucoup d'humour, mais qu'il fait preuve d'une grande ouverture d'esprit. Il conclura d'ailleurs par cet avis que je partage tout à fait : "Quelle que soit notre religion, nous sommes tous frères et soeurs". Et comme pour sceller notre nouvelle amitié, il m'offrira même un tesbih, un chapelet musulman qui me suivra tout au long de mon périple à travers la Turquie. Depuis, je le garde précieusement chez moi, en souvenir de cette rencontre peu banale...

06
Durmuş Şeftali m'offrant un chapelet musulman.


A deux pas de la Grande Mosquée, se trouve un vieux cimetière. Les entrelacs sculptés sur les pierres au-dessus de la grille d'entrée semblent témoigner de l'ancienneté du lieu.

07
L'entrée de l'ancien cimetière.


Deux mots écrits en arabe y figurent : Mohamed à gauche et Allah à droite. Ces deux inscriptions sont compréhensibles de tous, même si l'arabe a été abandonné au profit de l'alphabet occidental dans les années 1920, après la guerre d'Indépendance, selon la volonté d'Atatürk.

08
Un détail du linteau de la porte d'entrée avec l'inscription "Allah".


Par la grille, aujourd'hui fermée à clé, on peut voir une dizaine de tombes. Les pierres tombales surmontées d'un turban sont celles des hommes. Par contre, je n'ai pas d'explication pour le rouge des kavuk (bonnet ottoman), couleur assez inhabituelle dans un cimetière turc.

09
Les tombes musulmanes de l'ancien cimetière.


Pour remercier mes nouveaux amis de leur gentillesse, je les invite à venir découvrir le musée de la ville avec moi. Ca tombe bien car, bien que Sivas soit leur ville natale, ils ne l'ont jamais vu ! On y découvre des tapis dont certains sont très anciens, différents objets de la vie quotidienne et, à l'étage, la salle des Congrès où Atatürk et ses partisans ont élaboré les plans de la guerre qui allait mener le pays à l'indépendance.

Après la visite du musée, nous décidons de faire une pause. Nous nous installons à l'étage d'un ancien caravansérail en plein centre-ville, apparemment l'endroit préféré de mes hôtes pour se détendre. Ils m'initient au backgammon, un jeu très prisé dans le pays tout comme les dominos. Nous passons un moment fort agréable à jouer et boire du thé.

10
Halid et son frère Ahmet jouant au backgammon.


Plus tard, alors que le soleil se couche sur le plateau de Sivas, nous allons voir la Medrese Gök (Ecole Coranique Bleue). Mais là encore, l'édifice est en cours de restauration et nous n'y avons pas accès. Seule, la façade, ornée de motifs sculptés et de faïence bleue, est visible. Les derniers rayons du soleil mettent en valeur ce magnifique monument qui, une fois restauré, vaudra certainement une visite.

11
La Medrese Gök érigée en 1271.


Je ne suis pas sûr de me souvenir des règles du backgammon, mais j'aurais plaisir à refaire une partie avec Halid et Ahmet, mes compagnons d'un jour. Sivas n'est peut-être pas une étape exceptionnelle dans mon parcours vers l'Est du pays mais l'amitié qu'ils m'ont témoignée a rendu cette journée mémorable.

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Anatolie centrale
commenter cet article
8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 21:40


Tokat, moins spectaculaire qu'Amasya, possède néanmoins quelques monuments intéressants. Ville chrétienne dans l'empire ottoman au XVIIe siècle, elle ne comptait pas moins de douze églises et quatre couvents. On y trouvait même une colonie juive. Aujourd'hui, il reste quelques juifs mais plus de chrétien et... plus d'église.

01
La carte de la Turquie avec Tokat en point de mire.


En revanche, il subsiste un magnifique caravansérail (Tas Han) qui accueillait les marchands sur la Route de la Soie. Les cellules sont aujourd'hui aménagées en atelier, échoppes et bistrots à thé.

02
Le caravansérail (1614-1630) et la citadelle en arrière-plan.


A l'angle Nord-Est du caravansérail se trouve une collection d'ustensiles en cuivre et en étain. Je m'arrête pour admirer le travail de ces artisans qui, de leurs mains habiles, ont su façonner ces objets, héritage d'un savoir-faire ancestral.

03
Un samovar un peu plus grand que nature !


Un peu trop encombrant le samovar comme souvenir... aussi préféré-je me rabattre sur les pièces de monnaie ottomanes repérées dans la petite boutique d'à côté. J'en choisis trois. Dans mon ignorance, je crois, en voyant les dates figurant sur les pièces, qu'elles sont très anciennes mais vu que le calendrier musulman n'est pas le même que le nôtre, les pièces "très anciennes" se révéleront être du XIXe siècle... C'est que numismate, ça ne s'improvise pas !

04
Trois pièces de monnaie ottomanes (XIXe siècle). La Tughra, signature calligraphiée du Sultan, est visible sur celle en haut à gauche.


Tout près du caravansérail se trouve une école coranique (Gök Medrese) édifiée en 1277. Il faut descendre une volée de marches pour y accéder car le niveau du sol s'est élevé de 4 à 5 mètres depuis le XIIIe siècle, conséquence des pluies et des crues qui ont charrié des tonnes d'alluvions dans la ville, sans oublier les glissements de terrain dus aux tremblements de terre.

05
L'école coranique et son porche d'entrée (1277).


Gök (ciel) signifie "bleu" en turc ancien. C'est la couleur des carreaux de céramique qui recouvraient les murs intérieurs du bâtiment.

06
La cour intérieure de l'école coranique.


Il en reste très peu aujourd'hui mais juste assez pour donner une idée de sa splendeur passée.

07
Les carreaux de céramique reprenant le motif de l'étoile.


Le quartier ancien à deux pas de la rue principale est intéressant avec la mosquée Ali Paşa du XVIe siècle et les maisons ottomanes bien restaurées mais ce n'est pas ce qui m'attire. Les maisons ottomanes de Safranbolu m'avaient comblé, j'ai envie de voir autre chose. Je décide de monter vers la citadelle, et bien m'en prend car je découvre un quartier moins pimpant certes, mais au charme authentique.

08
La rue en pente qui mène à la citadelle.


Mieux, j'y fais des rencontres aussi drôles qu'inattendues. Tout d'abord, ces trois garçons pour qui l'arrivée d'un étranger est un vrai divertissement. Ils me suivent à la trace à travers les ruelles du quartier en m'assaillant de questions. Quand ils apprennent que je suis professeur, ils redoublent d'intérêt, commençant chacune de leurs questions par un très révérencieux "Teacher !"  qui me fait bien rire.

09
Les trois compères : Sefa, Mert et Fahrettin.


Ils me suivent partout, ne me lâchent pas d'une semelle, s'intéressant aux photos que je fais.

10
Un petit garçon jouant dans la rue.


Leur présence, un peu envahissante et bruyante il faut bien le dire, m'amuse plutôt. Les gens sortent de leur maison pour voir ce qui se passe.

11
C'est la curiosité qui pousse cette femme à sortir de chez elle.


Un couple de retraités, prenant le frais dans la rue, demande aux garçons qui je suis. Ils leur répondent que je suis un enseignant français et que je fais des photos. L'homme me demande alors de le prendre en photo avec son épouse devant sa maison. L'avantage du numérique, c'est que la photo est visible immédiatement. Il la regarde et visiblement satisfait, s'empresse d'écrire son adresse sur un bout de papier pour que je puisse la lui envoyer.

12
Le couple de retraités posant fièrement devant leur maison.


Bientôt, tout le quartier est au courant. Je tombe sur un groupe de femmes, assises sur un tapis posé au milieu de la rue, en train de discuter tout en épluchant des légumes. Là encore, les garçons leur expliquent qui je suis. Une femme accepte que je la prenne en photo avec les enfants. Mais les trois autres, sans doute un peu gênées devant un étranger, s'y refusent et préfèrent tourner la tête.

13
Pudeur ou gêne, certaines femmes évitent de montrer leur visage.


J'aurai moins de chance plus loin. Alors que je m'apprête à prendre un cliché d'une femme devant chez elle, le beau-père (ou le mari ?) apparaît à la fenêtre de la maison et me dit de déguerpir en joignant le geste à la parole. Je n'insiste pas.

14
Les jeunes filles, elles, se prêtent plus volontiers au jeu.


Le plus beau regard, c'est celui de cette jeune femme croisée dans une rue un peu plus haut. Contrairement aux musulmanes sunnites qui se couvrent le pourtour du visage, les musulmanes de confession alevi portent un foulard noué au niveau de la nuque qui laisse apparaître leur cou.

15
Une jeune femme alevi dans les rues de Tokat.


Ce jour-là, je donne toute ma provision de gâteaux secs aux trois garçons (qui les engloutissent en un rien de temps) et offre un soda à chacun. C'est grâce à eux que j'ai pu faire tous ces portraits. Tous ces sourires, cette gentillesse... Aujourd'hui, c'est avec beaucoup de plaisir et d'émotion que je revois les photos.

16
Les garçons m'accompagnent tout en haut jusqu'à l'ancienne citadelle.


Le soir même, en rentrant, j'assiste à un mariage qui se tient dans la salle de restaurant de la Maison des Enseignants. La décoration est sobre et les invités le sont tout autant puisqu'il n'y a pas d'alcool sur les tables. Les anciens regardent les plus jeunes danser sur la piste au son de la musique turque et ont l'air de s'ennuyer ferme. A 22 heures, les invités partent, on éteint la sono, on range les tables, on passe un coup de balai, la fête est terminée. Ca tombe bien, je voulais me coucher de bonne heure...

17
A gauche près du mur, une urne (sous le voile) pour les dons des invités et un écriteau " maşallah ", sensé éloigner le mauvais oeil et guider les jeunes mariés vers le bonheur.


A propos de musique turque, une chanson me trotte encore dans la tête. Elle m'a accompagné tout au long de l'été 2008. Je l'ai entendue partout, dans le bus, à la radio et le clip-vidéo passait régulièrement à la télévision sur les chaînes musicales. Il s'agit de "İçime İşlerken" de Sevda. Je vous invite à l'écouter en cliquant sur le lien suivant :
http://www.dailymotion.com/video/x5luwdsevdaicime-islerkenmusic

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Anatolie centrale
commenter cet article
18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 23:34


Le matin du départ pour Amasya, alors que je demande à un brave homme quel dolmuş (minibus de ville) prendre pour me rendre au terminal de bus de Kastamonu, voilà que celui-ci propose de m'y emmener avec son propre véhicule. Il fera les sept kilomètres depuis le centre-ville et descendra même de sa voiture pour m'accompagner jusqu'au guichet ! Je me rends compte, une fois de plus, à quel point les turcs sont serviables et désireux d'aider. 

Avec Amasya, nous retrouvons la Route de la Soie que nous avions quittée un peu avant Safranbolu en bifurquant vers la Mer Noire.

01
La carte de la Turquie avec Amasya en point de mire.


Après avoir traversé un paysage de rizières et un plateau semi-désertique, nous voilà entourés de montagnes qui culminent à 1500-2000 mètres d'altitude.

02
Le paysage de montagne près d'Amasya.


Amasya vaut le détour à plus d'un égard. Le site tout d'abord. Blottie au fond d'une vallée encaissée, la ville s'étend de part et d'autre d'une rivière au pied d'un à-pic rocheux couronné d'une ancienne citadelle. Le contraste entre le côté paisible des maisons ottomanes, qui se reflètent dans l'eau, et le côté hostile de la falaise abrupte, juste derrière, est saisissant.

03
La ville d'Amasya, rive gauche, et son à-pic rocheux.


Les maisons à pans de bois, restaurées avec goût, forment un bel ensemble et le charme opère à n'importe quel moment de la journée et particulièrement en soirée lorsque le soleil se fait caresse.

04
Les maisons ottomanes sur la rive du Yeşilırmak.


Il fait bon flâner dans les rues de la rive gauche et je trouve plein d'endroits pittoresques qui me comblent de plaisir. Ici, un hôtel-restaurant au fond d'une ruelle donnant sur la rivière. C'est naturellement le lieu que je choisis pour faire ma pause-déjeuner.

05
Le Grand Pasha Otel sur la rive gauche.


Là, le trottoir a été aménagé en terrasse avec narghilé pour les éventuels amateurs. N'étant pas fumeur, je me contenterai juste de faire une photo...

06
Sans aucun doute, le trottoir le plus confortable d'Amasya.


Autre intérêt, et non des moindres, l'histoire de la ville et ses vestiges. Après le démantèlement de l'Empire d'Alexandre le Grand, l'Anatolie se scinde en plusieurs royaumes dont celui du Pont qui couvre un territoire englobant tout le Nord-Est de l'Asie mineure. Amasya en deviendra la capitale en 281 avant J.-C.

07
Amasya et le Sultan Bayezid II, ancien gouverneur de la ville (fin XVe siècle).


Les rois du Pont logeaient au pied du piton rocheux dans un palais aujourd'hui disparu. Leurs tombes sont creusées dans la falaise. Elles sont dotées d'une façade monumentale reproduisant l'architecture d'un temple hellénistique. On en dénombre dix-huit dans la vallée, dont cinq sur le site d'Amasya. Elles sont accessibles par un chemin lui-même creusé dans la roche.

08
Les tombes des rois du Pont creusées dans la falaise.


Le chemin est un peu glissant mais assez spectaculaire !

09
Le chemin creusé dans la falaise.


Une grille empêche de pénétrer à l'intérieur des tombes. Mais quand on se trouve devant l'une d'entre elles, on se sent tout petit et on ne peut qu'admirer le travail colossal qui a été accompli ici. Il en a fallu des coups de marteau et de burin pour arriver à ce résultat...

10
Deux des tombes creusées dans la roche.


Pour grimper jusqu'à la citadelle, j'opte pour le taxi. Orhan n'est pas moins bon conducteur qu'un autre turc mais pas meilleur non plus. C'est donc pied au plancher qu'il démarre, soulevant un nuage de poussière...

11
Orhan au volant de son taxi.


Quelques minutes plus tard, je me trouve au niveau de la citadelle. Des ouvriers travaillent à sa restauration. Elle était immense puisque son mur d'enceinte s'étendait jusqu'aux berges de la rivière. Elle abritait la ville antique. Certains remparts subsistent et remonteraient à l'époque des rois du Pont. Aujourd'hui, bizarrement, plutôt que de conserver, il semble que l'on préfère reconstruire à neuf...

12
Les remparts de la citadelle surplombant la ville.


Mais c'est surtout le panorama, tout simplement exceptionnel, qui justifie le détour.

13
La ville d'Amasya enserrée dans sa vallée.


La ville s'est développée sur la rive droite de la rivière, là où il y a davantage d'espace. Eparpillés dans la ville moderne, se trouvent néanmoins quelques monuments anciens dont un marché couvert du XVe siècle, un caravansérail du XVIIIe siècle (aujourd'hui en ruines) qui rappelle que nous sommes sur la Route de la Soie, et quelques mosquées.

14
Les quartiers anciens au premier plan et la ville moderne au second plan.


Mon coup de coeur, je le décerne à la mosquée Beyazit Paşa. C'est l'une des toutes premières mosquées ottomanes du pays. Ses magnifiques arcades blanches et rouges s'ouvrent sur une agréable pinède où l'on trouve une jolie fontaine.

15
La mosquée Beyazit Paşa (1414) et la fontaine aux ablutions.


C'est près de cette fontaine que je me fais arroser par des enfants qui ne trouvent rien de mieux que d'emplir leur bouche d'eau et de venir me la cracher dessus. Ca les fait beaucoup rire. Moi, beaucoup moins...

16
Les portes en bois de la mosquée Beyazit Paşa reprenant le motif de l'étoile.

17
Le Coran mis à disposition des fidèles sur le rebord d'une fenêtre.


En revenant à la Maison des Enseignants, idéalement située sur les bords de la rivière, je me délecte une dernière fois de la vue sur la falaise aux deux mille ans d'histoire qui se pare de lumières à la tombée de la nuit.

18
La falaise illuminée à la nuit tombante.


Cette dernière vision achève de me convaincre qu'Amasya vaut vraiment le détour...

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Anatolie centrale
commenter cet article
11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 11:12


En arrivant à Kastamonu, je demande l'ögretmenevi (la Maison des Enseignants), un lieu d'hébergement réservé aux professeurs turcs qui enseignent loin de chez eux et qui, en période de vacances scolaires, s'ouvre à tout un chacun. Je montre ma carte d'enseignant et pour 20 YTL, soit l'équivalent de 10,50 Euros, je me retrouve dans un hôtel climatisé trois étoiles avec une chambre double pour moi tout seul. Voilà ce que j'appelle un bon plan... J'en profite en prévision des conditions de logement plus rudes à l'Est du pays...

01
La carte de Turquie avec Kastamonu en point de mire.


Dire que j'ai adoré Kastamonu serait un bien grand mot mais j'y ai vu et appris des choses intéressantes. Et puis, j'ai le souvenir d'un petit-déjeuner parmi les plus roboratifs qu'il m'ait été donné de prendre en Turquie. Jugez-en plutôt : pain, fromage (deux sortes), tomates, concombres, charcuterie, pastèque, olives (quatre sortes), confiture, beurre et oeufs, sans oublier le thé et le café, le tout à volonté !

02
Le petit-déjeuner à la Maison des Enseignants.


C'est donc l'estomac plein que j'aborde la visite de la ville, à commencer par la citadelle.  Construite sur une des collines qui dominent la ville au XIe siècle par l'Empereur byzantin Isaac Ier Comnène, elle a été conquise d'abord par les Seldjoukides (fin XIe siècle) venant de Perse, puis par les Danishmendides (début XIIe siècle) originaires également de Perse, puis par les Mongols (milieu XIIIe siècle) et enfin par les Ottomans (milieu XVe siècle). Aussi, ne faut-il pas s'étonner aujourd'hui de n'y trouver que des ruines. Les Ottomans avaient pourtant reconstruit les quinze tours et bastions  mais le tremblement de terre de 1943 a donné le coup de grâce.

03
La rampe d'accès et les remparts de la citadelle.


On y accède rapidement depuis le centre. Une fois la première porte passée, on se trouve dans la basse-cour.

04
La citadelle dominant la ville.


On monte encore et de là-haut, la vue sur les toits de tuile des maisons ottomanes de la vieille ville se révèle magnifique mais il n'y pas de rampe de sécurité aussi mieux vaut-il regarder où l'on met les pieds...

05
La vue depuis la citadelle.


Dans le quartier historique de la ville, la mosquée Nasrullah mérite qu'on s'y attarde.

06
La mosquée Nasrullah (1506) et au loin, la citadelle (XIe siècle).


Avec son double dôme et ses dix-huit arches, la fontaine aux ablutions, juste devant la mosquée, est une merveille d'élégance.

07
La fontaine de la mosquée Nasrullah (1752).

08
Les arches de la fontaine.


J'observe les enfants jouer autour de la fontaine. Après avoir bu, ils s'amusent à s'arroser comme le ferait n'importe quel enfant du monde.

09
La double fontaine (1506).


La double fontaine, elle, date de la même époque que la mosquée. Une légende dit que si l'on boit l'eau de cette fontaine, on reviendra sept fois à Kastamonu ou on s'y installera dans les sept années à venir. Je n'ose pas tremper mes lèvres dans l'écuelle commune... Ce n'est pas le Docteur Pasteur qui m'en tiendra rigueur.

10
L'écuelle de la fontaine.


Je ne bois pas l'eau du robinet non plus. La turista viendra bien assez vite, pas besoin de la provoquer...

11
La fontaine aux ablutions de l'école coranique Munire.


Dans la mosquée qui est, aujourd'hui encore, la plus grande de la ville, j'admire la riche décoration que l'on doit à un artiste local du début du XVIe siècle..

12
La salle de prière de la mosquée Nasrullah.


C'est dans cette mosquée que le poète national turc Mehmet Akif Ersoy donna un prêche en faveur de la Guerre d'Indépendance (1919-1923).

13
Le minbar de la mosquée ou chaire à prêcher.


Il fut aussi le créateur de l'hymne national turc et le lut ici-même pour la première fois après son adoption par l'Assemblée Nationale turque.

14
La chaire à prêcher plus contemporaine mais néanmoins joliment sculptée.


C'est aussi à Kastamonu qu'eut lieu en 1925 la révolution du code vestimentaire. Atatürk décida l'abandon du fez traditionnel, à caractère trop religieux et donc en contradiction avec l'Etat laïc qu'il voulait instaurer, au profit de la casquette... française ! Etonnant, non ?

15
Un ancien arborant encore fièrement la casquette.


Un grand merci à ce monsieur qui s'est gentiment prêté à la photo !

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Anatolie centrale
commenter cet article
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 17:10


La route côtière qui relie Amasra à Sinop, à 300 km plus à l'Est, offre de magnifiques panoramas sur la mer Noire. Elle est malheureusement mal desservie par les transports en commun. Aussi, plutôt que d'attendre un hypothétique bus, je préfère tenter ma chance en auto-stop. Et ça marche !

01
La carte de Turquie avec la route d'Amasra à Cide en point de mire.


A la sortie d'Amasra, une voiture s'arrête à ma hauteur. Le jeune homme propose de m'emmener jusqu'au village d'après. Je monte dans le véhicule et engage la conversation.

02
Serkan au volant de sa voiture.


Serkan parle un peu l'anglais. Il m'explique qu'il est étudiant et qu'il a un petit boulot de cuisinier pour l'été. Il se rend à son travail. Dans la voiture, des sacs de tarhana (aliments déshydratés à base de céréales) qui serviront à faire des soupes.

03
Accrochés au rétroviseur, des porte-bonheurs les plus divers, y compris des objets publicitaires !


La route se faufile à travers un paysage de montagne verdoyant et le panorama est superbe. Serkan se propose de s'arrêter pour que je puisse faire des photos. Je n'en abuse pas pour ne pas le mettre en retard mais j'apprécie sa gentillesse et sa disponibilité.

04
La côte de la Mer Noire entre Amasra et Çakraz.


Nous arrivons dans le petit village de Çakraz, en bord de mer. La plage est déserte à cette heure de la journée. Mon "chauffeur" me dépose et me souhaite bonne chance. Je le salue et le remercie vivement.

05
La plage de Çakraz.


Je parcours le remblai sur toute la longueur et croise quelques personnes qui me regardent avec curiosité. Ca ne doit pas être fréquent de voir un étranger, sac au dos, débarquer dans le coin...

06
Les chaises longues sont encore vides en ce milieu de matinée.


Je continue de marcher jusqu'aux rochers de grès rouge qui marquent la fin de la plage et m'arrête au niveau des petites embarcations de pêcheurs. L'endroit respire le calme et le repos. Je resterais bien quelques heures ici pour profiter du lieu mais il me faut avancer car la route est encore longue jusqu'à Sinop.

07
Quelques barques de pêcheurs en bout de plage.


Je marche un kilomètre pour sortir du village et tends de nouveau le pouce. Les véhicules sont rares et cette fois-ci, l'attente est plus longue. Le soleil est maintenant haut dans le ciel et la chaleur plus vive. Heureusement, les arbres en bordure de route m'offrent un peu d'ombre. Après une bonne heure d'attente, une voiture ralentit et s'arrête.

08
Murat sur la route de Kurucaşile.


Murat, la trentaine, parle l'anglais lui aussi. Il travaille comme négociant en acier. Aujourd'hui, il va voir des charpentiers de marine à Kurucaşile pour voir l'avancée des travaux et me propose de venir avec lui, ce que j'accepte bien volontiers.

09
Kurucaşile et sa plage.


Nous sommes accueillis par trois ouvriers qui nous font visiter le chantier. Ils travaillent sur trois embarcations destinées au musée de Sinop mais fabriquent également des yachts et leur savoir-faire est reconnu bien au-delà des frontières turques.

10
Les trois ouvriers devant un de leurs bateaux en construction.


Un riche italien leur a passé commande d'un yacht dont il a élaboré les plans. En le faisant construire ici, non seulement il sera assuré d'un travail et d'une finition exemplaires mais il paiera son bateau deux à trois fois moins cher que s'il l'avait fait faire en Europe. Je n'ai pas le droit de prendre de photos du petit bijou car le futur propriétaire redoute la copie frauduleuse...

11
Un des charpentiers de marine à l'oeuvre.


Nous passons la fin de la matinée à bavarder autour d'un thé, puis deux, puis trois... La pause s'éternise mais les ouvriers sont visiblement contents de faire partager leur passion. Car il s'agit bien de passion. Ici, point de rendement ou de rentabilité mais plutôt le goût du travail bien fait et de la patience, beaucoup de patience...

L'heure du déjeuner approche et je propose à Murat de devenir mon hôte, ce qu'il accepte. Il suggère de s'arrêter dans le port de Gideros où l'on mange, dit-il,  de délicieux poissons.

12
Le minuscule port de Gideros.


Le port de Gideros tient plus de l'abri naturel que d'un port à proprement parler. Quelques enfants se baignent et jouent dans l'eau.

13
Quelques minuscules embarcations à l'échelle du port.


La terrasse de l'unique restaurant, à l'ombre d'une treille, donne directement sur la grève. On nous sert des anchois grillés à point et des istavrit (poissons un peu plus gros que des sardines), le tout servi avec une salade à base de tomates et de concombres. C'est un vrai régal.

14
Murat à la terrasse du restaurant.


Au moment de payer l'addition, je m'aperçois que tout est déjà réglé. Murat sourit derrière sa moustache. Il a sans doute profité du moment où il est allé aux toilettes pour passer à la caisse. Quand je lui dis que c'était à moi de l'inviter, il prononce ces mots qui résonnent encore dans ma tête : "C'est un honneur pour nous de recevoir des étrangers qui ont choisi de visiter notre pays ". Je suis stupéfait. C'est le genre de phrase qui remet les pendules à l'heure. Un étranger, a-t-il déjà entendu ça en France, soi-disant terre d'accueil ? Je ne parierais pas.

L'après-midi est déjà bien avancé lorsque nous reprenons la route. Nous approchons de Cide où mon hôte doit me déposer avant d'aller voir de la famille non loin de là et de s'en retourner vers Safranbolu.

15
La grande plage de Cide.


J'ai le choix entre continuer vers Sinop en suivant la côte ou prendre un bus pour Kastamonu, une ville à l'intérieur des terres, avec peut-être la possibilité d'y être avant la nuit. L'idée de poursuivre la route côtière m'attire mais je me refuse à faire du stop en fin de journée. Quant à passer la nuit sur place et reprendre la route le lendemain, cela veut dire consacrer un jour de plus, voire deux à découvrir la côte et passer moins de temps dans l'Est du pays qui reste mon objectif principal.

Tout dépend des horaires de bus. Murat se propose donc de me déposer au terminal de Cide. Après renseignement, il se trouve qu'un bus à destination de Kastamonu part dans deux heures. C'est décidé, j'opte pour Kastamonu. Mon ticket en poche, je reviens sur la plage où j'ai tout le loisir de regarder la mer et d'observer les gens. Ici, ces femmes portant robe longue et foulard...

16
Sur la plage de Cide.


Là, ce jeune couple cherchant quelque trésor dans le sable...

17
Sur la plage de Cide.


Et là, cette mère surveillant son fils du coin de l'oeil pendant qu'il joue dans le sable...

18
Sur la plage de Cide.


Aujourd'hui, quand je pense à cette route côtière et que je revois les photos, j'ai quelques regrets de n'avoir pas continué vers Sinop. Je suis certainement passé à côté de quelques beaux paysages, quelques belles plages et, qui sait, quelques autres belles rencontres en auto-stop. Tant pis, ce sera pour une autre fois...

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Mer Noire
commenter cet article
14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 13:11


Située sur les rives de la mer Noire à deux heures au Nord de Safranbolu, Amasra est une destination prisée par les touristes turcs qui viennent profiter de sa plage et de son soleil le temps d'un week-end ou des vacances.

01

La carte de la Turquie avec Amasra en point de mire.


Le minibus qui nous y emmène nous fait traverser des paysages très verdoyants et à certains endroits, on pourrait se croire sur une petite route de Corrèze si ce n'est cette rivière asséchée sur notre droite qui ne charrie que des cailloux.

02
Le chauffeur du minibus très concentré et un talisman au nom d'Allah accroché au rétroviseur.


La route serpente à travers la montagne puis redescend brusquement vers la mer Noire. Nous découvrons la presqu'île d'Amasra protégée par deux longues digues.

03
La presqu'île d'Amasra.


Certains hôtels affichent "complet" et c'est non sans mal que je trouve une chambre. Le prix est le double de ce que j'ai payé à Safranbolu. Normal, le soleil et la plage attirent les touristes et les commerçants auraient tort de ne pas en profiter.

04
La plage de sable fin très prisée par les familles turques.


Jusqu'à maintenant, la presqu'île a été épargnée par le béton mais pour combien de temps ? Sur les hauteurs, on voit pousser des immeubles qui commencent à défigurer le site. On peut parier que d'ici quelques années, il sera trop tard...

05
La plage et quelques immeubles modernes en arrière-plan.


Vu la chaleur qui règne en ce 10 juillet, je me réjouis à l'idée de me baigner. Malheureusement, je déchante vite. A peine rentré dans l'eau, je m'aperçois que je suis entouré de méduses... des dizaines de méduses ! Je fais ni une ni deux et ressors aussi vite que je suis rentré !

06
Des musulmanes traditionnelles se baignant tout habillées.


Un port est aménagé en bout de plage. Protégés par les digues, les bateaux de pêche et de plaisance sont à l'abri.

07
Quelques bateaux de pêche dans le port.


De l'autre côté de la presqu'île se trouvent une plage minuscule et un autre port réservé, celui-là, à l'entretien des bateaux.

08
La plage déserte et quelques bateaux mis en cale.


Je m'installe à une terrasse et ne boude pas mon plaisir de goûter au poisson de la mer Noire devant un paysage aussi agréable. Les haut-parleurs du restaurant diffusent les chansons de Barış Akarsu, un chanteur originaire d'Amasra, mort l'année précédente à 28 ans d'un accident de voiture. Il avait gagné sa popularité en remportant la finale de l'émission de télévision Akademi Türkiye (équivalent de Star Academy) et chanté une chanson en l'honneur d'Amasra. Sa statue trône d'ailleurs sur le remblai face à la mer.

09
Ici, la terrasse du restaurant affiche un talisman contre le mauvais oeil.


Au-delà de l'intérêt touristique, la ville d'Amasra présente un intérêt historique. Autrefois byzantin, le port fut loué aux Génois qui le fortifièrent et l'utilisèrent à des fins commerciales. Aujourd'hui, les fortifications sont encore visibles.

10
Les fortifications génoises (XIIIe-XVe siècles).


On pénètre dans l'ancienne citadelle soit par des escaliers, soit par une double porte en pierre.

11
La porte Ouest de la citadelle.


Je m'arrête pour déguster des gözleme (crêpes farcies). Quand on me demande avec quoi les farcir, viande, pommes de terre, fromage, je dis les trois pensant demander une "complète". En fait, j'aurai l'équivalent de trois galettes : une à la viande, une aux pommes de terre et une au fromage !

12
Le site d'Amasra et ses falaises surplombant la mer.


La citadelle était protégée d'un côté par des remparts et de l'autre par de hautes falaises constituant une défense naturelle. L'intérieur est aujourd'hui constitué de maisons privées. Elles ne sont pas anciennes et n'offrent aucun d'intérêt particulier, mais certaines se distinguent par leurs couleurs originales.

13
Des géraniums en fleurs égayant le rebord d'une fenêtre.

14
On se déchausse toujours avant d'entrer dans une maison turque.


Au bout de la presqu'île, un petit pont de pierre, autrefois fortifié,  permet d'accéder à un rocher qui s'avance dans la mer.

15
La presqu'île avec le pont de pierre à gauche et les restes d'une tour génoise à droite.


Après avoir franchi le pont et dépassé les dernières maisons, un chemin caillouteux mène à un sémaphore. De là, la vue sur la mer Noire est splendide. En face, à 300 km au Nord, j'imagine les côtes de la Crimée. A l'Est, la montagne recouverte de forêts plonge dans les eaux bleues de la mer Noire.

16
Une terrasse de café avec vue sur un îlot, la mer et la chaîne côtière.


Au fait, savez-vous pourquoi on l'appelle la mer Noire ? Ce sont les Turcs seldjoukides qui, dès le XIe siècle, ont adopté un système de couleur pour désigner les quatre points cardinaux. Ainsi, dans le cas présent, le noir (kara en turc) désigne le Nord. De la même façon, le blanc (ak) désigne le Sud, le rouge (kızıl), l'Ouest et le vert (yeşil), l'Est.

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Mer Noire
commenter cet article
7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 20:23


C'est aujourd'hui que commence l'aventure en Anatolie. Je prends le bus pour Safranbolu, première étape de mon circuit. Je suis seul avec mon sac à dos pour me tenir compagnie. Plus question de me faire guider, plus question de me faire aider. Je dois me débrouiller seul avec les quelques rudiments de turc que j'ai appris pendant les trois jours passés à Istanbul en compagnie de mon amie turcophone Nathalie. Car on m'a prévenu, là où je vais (dans l'Est), personne ne parle autre chose que le turc ou le kurde...

01
Mon circuit en Turquie avec Safranbolu pour première étape.


Dans le bus à air climatisé, tout est fait pour vous rendre le voyage agréable, boisson et petit en-cas offerts et une petite giclée d'eau de Cologne à ceux qui  veulent se rafraîchir mains et visage. Le service est assuré par un très jeune homme, tout juste sorti de l'adolescence qui, tel un steward dans un avion, fait des allers-retours dans l'allée centrale pour s'assurer que personne ne manque de rien.

02
Le bus en partance pour Safranbolu.


Après six heures de route, nous arrivons à Safranbolu. Cette ville de 32 000 habitants compte un patrimoine architectural ottoman exceptionnel, le plus important de toute la Turquie. Dès 1976, le site est protégé par décret. Les premiers travaux de restauration commencent en 1982. En 1994, la ville est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Au total, ce sont 810 maisons et 165 autres bâtiments des XVIIIe et XIXe siècles qui sont ainsi patiemment restaurés année après année.

03
L'un des quartiers historiques de Safranbolu et ses maisons ottomanes.

04
Hükümet Sokak, une des rues pittoresques qui mènent au centre-ville.


Malheureusement, la restauration se heurte souvent à des difficultés techniques, matérielles et financières. En effet, comment adapter des maisons anciennes aux exigences de la vie d'aujourd'hui ? Où trouver les matériaux traditionnels ? Et surtout, où trouver l'argent pour financer les travaux ? Souvent, les familles aux revenus modestes se contentent de parer au plus pressé.

05
Une maison à pans de bois et torchis.

06
Les fenêtres traditionnelles avec leur rampe d'appui en bois.


Les habitations étaient assez grandes pour accueillir plusieurs générations d'une même famille sous le même toit.

07
Une maison typique avec encorbellement.


Les cours intérieures et jardins étaient entourés de hauts murs. On vivait ainsi à l'abri des regards.

08
Détail d'une porte avec serrure et anneaux de porte de fabrication locale.


Les fenêtres étaient munies de grilles et les femmes ne se montraient pas aux hommes étrangers.

09
Une fenêtre avec grille de bois.


Juste à côté de la pansiyon où je loge, se trouve une maison ottomane admirablement restaurée et transformée en musée (Kaymakamlar Müze Evi). On y apprend que les hommes et les femmes y vivaient séparés, d’un côté le haremlik (partie réservée aux femmes) et de l’autre le selamlik (partie réservée aux hommes).

10
A la cuisine, les femmes préparent les galettes de pain.

11
Les hommes, assis par terre sur des tapis, prennent leur repas ensemble.

12
Un recoin dans une pièce est traditionnellement réservé au bain de vapeur.

13
Non, ce n'est pas le musée, c'est ma chambre à la Bastoncu Pansiyon !


Dans la pansiyon où je loge, je rencontre des touristes de différentes nationalités. On raconte, on échange. Le Japonais revient enchanté de son séjour en Cappadoce; les trois Néerlandaises projettent d'aller au hammam dans l'après-midi; le Russe, féru d'histoire, part le lendemain pour Sinop, à 200 km au Nord-est sur les bords de la mer Noire. C'est à Sinop que le 30 novembre 1853 une escadre russe détruisit la flotte turque, ce qui déclencha les hostilités entre les forces franco-britanniques, pro-ottomanes, et les Russes, de l'autre côté de la mer Noire en Crimée. Ce sera le début de la guerre de Crimée.

14
Une fontaine ottomane au coin d'une rue.


J'achète une carte postale et quand je m'adresse à deux policiers pour demander où je peux trouver une boîte aux lettres, l'un deux ouvre les bras vers le ciel et me lance avec un large sourire "Tourist, we love you !" C'est bien la première fois qu'un agent de police me fait une déclaration d'amour...

Plus tard dans la journée, je me balade dans les rues escarpées qui surplombent le quartier du centre-ville.


15
Scène de vie dans la ville haute.


Je croise un groupe de garçons qui n'ont visiblement pas grand chose pour s'amuser. Aussi, ma présence attire-t-elle immédiatement leur attention. "Hello, what's your name ?". Après les présentations, ils continuent en turc et me demandent d'où je viens. Quand je leur réponds que je suis français, ils se mettent à citer tous les noms des joueurs de football français qu'ils connaissent : "Thierry Henry, çok güzel (super) ! Franck Ribéry, çok güzel ! Zinedine Zidane, oh, çok çok çok güzel !"


16
Les garçons prenant la pose sur les hauteurs de Safranbolu.


Puis, ils me demandent de chanter une chanson française. J'entame alors une des rares chansons dont je connaisse les paroles, La maison près de la fontaine de Nino Ferrer. Ca ne leur plaît pas du tout, trop lent. Ils veulent quelque chose qui bouge. La seule chanson "qui bouge" qui me vienne à l'esprit, c'est une chanson de Pierre Groscolas... de 1973 ! Mais là, je fais un tabac. Au premier refrain, les garçons se mettent à danser, les bras tournoyant dans l'air à l'oriental. Au deuxième refrain, ils reprennent avec moi "Lady lady lay...". C'est gagné, ils adorent !

Je ne sais pas si les enfants se souviennent encore de cet air entraînant mais je dois dire que ce moment-là reste un grand souvenir pour moi...

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Anatolie centrale
commenter cet article
30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 14:53


Pour fêter ses cinq ans de présence en Turquie, mon amie Nathalie décide de faire découvrir à Enver, un de ses proches amis turcs de passage à Istanbul, et à moi-même, Rumeli Feneri, un coin qui lui tient particulièrement à coeur.

01

La photo satellite du Bosphore avec Rumeli Feneri en point de mire.


Située à 1h30 de bus d'Istanbul à l'extrémité nord du Bosphore, la petite bourgade, construite sur les rives de la mer Noire, possède un charme certain. Ici, pas de maisons anciennes mais un site très agréable dominé par un phare tout blanc qui sert d'amer pour les bateaux.

02

Le village de Rumeli Feneri et son phare (1856).


Au loin, sur le Bosphore, défilent à un rythme régulier toutes sortes de bateaux : ferries, paquebots, porte-conteneurs, rouliers, céréaliers, méthaniers, tankers... au total près de 60 000 navires par an, ce qui en fait un des lieux de trafic maritime les plus importants au monde. Regarder ces mastodontes entrer ou sortir du détroit à vitesse réduite (dix noeuds autorisés) est un spectacle permanent dont je ne me lasse pas.

03

Un cargo entrant dans le Bosphore.


Rumeli Feneri est avant tout un port de pêche. Les chalutiers à quai sont là pour nous montrer combien l'activité est encore importante aujourd'hui
. On pêche entre autres le bar, la daurade et l'anchois, mais malheureusement, la pollution de la mer Noire fait que les prises sont bien moins variées et nombreuses aujourd'hui qu'il y a quelques dizaines d'années.

04

Le port de Rumeli Feneri et l'entrée Nord du détroit du Bosphore.


Chaque week-end, le village accueille quelques dizaines de turcs venus en famille ou entre amis pour pique-niquer au bord de l'eau ou faire un tour en bateau. La douceur et la quiétude des lieux n'en sont pas perturbées pour autant...

05
Le port et le bourg de Rumeli Feneri.


Jouissant d'une position stratégique, le site a été défendu de façon quasi-continue au fil des siècles. Aujourd'hui, on peut voir les vestiges d'un fort construit en 1769 par un ingénieur  militaire grec au service de l'Empire ottoman.

06

Les ruines du fort ottoman (XVIIIe siècle).


Plus proche de nous, pendant la période de la guerre froide avec l'Union Soviétique, ce lieu a retrouvé son importance stratégique. La Turquie, base avancée de l’Alliance Atlantique, y a installé une base militaire de
façon à mieux contrôler le Bosphore.

07
La cour du fort avec ses arcades.


Les militaires ont quitté le fort dans les années 90. Depuis, il est à l'abandon. La vue y est fort belle. On y découvre une côte encore préservée et, au loin, toute une flotte de navires au mouillage.

08

Les navires au mouillage en attente de l'autorisation de passage.


L'air marin, le vent, les goélands, le bruit des vagues s'écrasant sur les rochers... pour peu, je me croirais dans ma Bretagne natale...

09
Le photographe photographié (une fois n'est pas coutume).


D'ailleurs, comme en Bretagne, une série de légendes entoure ce site comme celle de la Toison d'or. C'est ici que, selon la mythologie grecque, Jason et les Argonautes, à bord de leur navire Argos, auraient affronté des dangers inouïs au milieu des rochers mouvants avant d'aller s'emparer de la Toison d'or, la toison d'un bélier immortel aux pouvoirs magiques.

10

Détail d'un vase représentant Jason rapportant la Toison d'Or au roi Pélias (340 av. J.-C.).


Mais il est temps de fêter dignement les cinq ans de présence de Nathalie en Turquie. Aussi, nous invite-t-elle dans l'un des restaurants de poissons du village donnant directement sur le port. Après les traditionnels meze (assortiment d'entrées chaudes et froides), nous nous délectons des poissons cuits à merveille par le chef-cuisinier.

11

Une assiette de rougets de la mer Noire.


En dessert, le helva au four, gâteau à base de roux de farine, saupoudré de noisettes, enchante nos papilles.

12
Le helva servi très chaud.


Après ce délicieux repas, nous faisons un dernier tour dans les rues du village avant de reprendre le bus pour Istanbul. Merci pour cette merveilleuse journée Nathalie...

13
Nathalie et son appareil-photo dont elle ne se sépare jamais...


... et encore une fois, bon anniversaire !

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Mer Noire
commenter cet article
23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 22:50


Pour échapper au bruit et à la pollution, rien de tel qu'une petite escapade sur les Iles des Princes, petit archipel à une vingtaine de kilomètres au Sud-est d'Istanbul. On les appelle ainsi car à l'époque byzantine, on y emprisonnait les princes indésirables ou les monarques déchus...

01

La photo satellite d'Istanbul et des Iles des Princes.


Au programme de la journée : Büyükada, la plus grande des neuf îles. Pour l'équivalent d'un ticket de bus, un vapur nous emmène, Nathalie et moi, dans ce petit coin de paradis.

02

L'île de Büyükada et la mer de Marmara.


L'arrivée dans le petit port de Büyükada est promette
use. Les bâtiments affichent un blanc immaculé sous le soleil de juillet.

03

Le port d'arrivée sur l'île de Büyükada.


Ici, pas de véhicule motorisé, on se déplace à pied, à bicyclette ou en calèche. D'ailleurs, à l'arrivée, le spectacle des dizaines de calèches rassemblées sur la place principale est saisissant.

04

Les calèches stationnées sur la place principale.


Ici, les conducteurs de calèche attendent patiemment leur tour. Un homme, assis dans une sorte de tour de contrôle, les appelle au micro par leur numéro. Car il leur est interdit de s'avancer pour prendre en charge des clients s'ils n'y ont pas été invités. C'est chacun son tour. Ainsi, à la fin de la journée, ils auront effectué un nombre équivalent de courses. Ils ont le sens de l'équité ces turcs...

05
Un cocher au départ.


En attendant d'être appelé, certains s'occupent de leurs chevaux ou vont boire un thé dans un des nombreux cafés autour de la place. D'autres s'offrent une pause-cigarette...

06

Un conducteur de calèche au repos.


Après avoir longuement observé la ronde des calèches, nous optons pour la marche à pied, meilleur moyen de découvrir les somptueuses villas qui font tout le charme de l'île.
Elles ont été construites au XIXe siècle par de riches marchands juifs, grecs ou arméniens. C'était l'époque où la haute société istanbuliote découvrait le luxe des premières stations balnéaires.

07

Une rue bordée de villas du XIXe siècle.


Elles ont un cachet certain. M
es préférées sont celles dont le bois a pris la patine du temps.

08

Une villa restaurée avec soin.

09
Une autre villa en attente de restauration...


Ici, le temps semble s'être arrêté. On imagine les élégantes dans leur robe à la mode de Paris, prenant le frais sur la terrasse...

10

Un coin de repos sur une terrasse.


D'autres villas, repeintes en blanc, se distinguent par leur élégance. Les jardins qui les entourent, arborés entre autres de palmiers, en accentuent le charme.

11

Une belle maison victorienne aux balcons ouvragés.


Enfin, les fleurs parachèvent le décor...

12
Le porche d'entrée d'une villa.


A la sortie de la petite ville, une route goudronnée grimpe à travers la forêt vers le sommet de l'île. Bientôt, la route se transforme en chemin et la pente se fait plus raide. Encore un peu de courage (il en faut par cette chaleur) et on y est. Tout en haut se trouve un monastère grec orthodoxe fondé au IXe siècle et toujours en activité.

13

L'église du monastère Saint-Georges (1868).


Après l'effort, le réconfort... Nous mangeons à l'ombre des pins sur la terrasse d'un petit restaurant aménagé à côté de l'ancien monastère. La vue sur la mer de Marmara et les autres îles est splendide.

14 copie

La mer de Marmara et une partie de l'archipel.

15 copie

La mer de Marmara et la rive asiatique d'Istanbul.


Mais bientôt, il faut redescendre. On reprend le chemin à travers la forêt mais cette fois-ci, on bifurque à gauche. Sur l'autre versant de la colline, on découvre d'autres villas somptueuses et d'autres jardins magnifiques. Tout en bas, le port et le vapur qui nous attend. Il est temps de rentrer sur Istanbul. Quelle belle journée !

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Mer de Marmara
commenter cet article
16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 20:30


Pas facile la vie de piéton à Istanbul à cause de la circulation dense et des automobilistes peu respectueux du Code de la Route. Ils conduisent sans ceinture, avec le portable à l'oreille et un doigt sur le klaxon... Heureusement, la ville offre un plateau piétonnier immense qui permet au piéton, outre l'avantage de marcher en toute sécurité, d'avoir un aperçu de l'animation qui y règne.

Istiklal Caddesi est l'avenue la plus animée du quartier de Beyoğlu. La foule y est toujours présente quelle que soit l'heure de la journée.

01
Le plateau piétonnier d'Istiklal Caddesi.


Cette artère longue de 1,2 kilomètre a un brillant passé. C'est là, entre le XVIe et le XIXe siècle, qu'ont été construites les ambassades européennes, véritables petits palais, transformées aujourd'hui en consulats. C'est là aussi qu'on trouve le célèbre Lycée de Galatasaray, fondé à la fin du XVe siècle, et qui a formé l'élite politique et intellectuelle de la société turque.

02
Le Lycée de Galatasaray (bâtiments de 1908).


Dans les années 1940, ce quartier était un peu le Saint-Germain-des-Prés turc. On y trouvait des cinémas, des théâtres, des cafés littéraires, des bars, des restaurants chics et des pâtisseries. Tout ce que la ville comptait d'artistes et d'intellectuels venait s'y retrouver pour s'amuser ou refaire le monde autour d'un verre.

03
Un tableau turc contemporain représentant le restaurant russe d'Ayaspaşa dans les années 40, à l'époque où les femmes, complaisamment décolletées, imitaient les starlettes d'Hollywood.


Le tramway, apparu dans les mêmes années, a été fort heureusement conservé. Avec quelques hôtels, dont le Pera Palace Hotel où Agatha Christie a écrit la majeure partie de son roman Le Crime de l'Orient-Express, il est l'un des derniers témoins d'une époque révolue.

04
Le vieux tramway dans Istikal Caddesi.


Le quartier d'Eminönü est lui aussi pourvu d'un plateau piétonnier intéressant. Dans certaines rues, l'animation est permanente car le marché a lieu tous les jours. Les étals débordent largement sur le trottoir et les affaires vont bon train. On n'en oublie pas pour autant Atatürk, le Père de la nation.

05
Une rue du quartier d'Eminönü et son marché quotidien.


Levés aux aurores, les commerçants ne comptent pas leurs heures.

06
Un marchand de fruits et légumes devant son étal.


On peut boire et grignoter dans la rue à n'importe quelle heure de la journée. Pour quelques centimes d'Euros, on peut manger un simit, petite brioche en forme de couronne.

07
Un vendeur ambulant de simit.


Ou goûter à un mısır, poupée de maïs grillée ou bouillie.

08
Un vendeur ambulant de mısır.


Une petite soif ? D'autres vendeurs de rue proposent au choix, thé, jus de fruit ou eau. Avec sa tenue vestimentaire originale, celui-ci attirera l'oeil et fera peut-être de meilleures ventes.

09
Un vendeur ambulant de thé.


Dans la rue, on trouve toutes sortes de vendeurs qui proposent toutes sortes de services, même les plus improbables...

11
Un vendeur ambulant proposant un service de photocopie sur le Pont de Galata.


On trouve aussi des enfants vendant paquets de mouchoirs, cigarettes, boissons fraîches, bibelots... etc. Bien qu'interdites par la loi et donc répréhensibles, de telles pratiques permettent aux enfants de s'occuper utilement pendant leurs vacances et d'apporter des revenus complémentaires à leur famille.

10
Un jeune garçon vendeur de bouteilles d'eau fraîche.


Parcourir les rues piétonnes d'Istanbul est non seulement agréable mais instructif. Au delà du spectacle quasi-permanent qu'elles offrent, elles permettent d'avoir un bon aperçu de la vie quotidienne des istanbuliotes et d'en apprendre un peu plus sur leur mode de vie.

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Istanbul
commenter cet article