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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 17:00


Pour terminer ce voyage en Cappadoce et ce tour de Turquie, je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager quelques photos prises dans un autre village des environs de Göreme où les formations rocheuses et les couleurs sont remarquables.

00- GOREME
La carte de la Turquie avec Göreme en point de mire.


La petite bourgade d'Uçhisar est située à 3 km à l'ouest de Göreme, à l'entrée d'un canyon creusé dans le plateau d'origine volcanique.

01
Le village d'Uçhisar et la Vallée des Pigeons.


Ici, comme à Göreme ou Paşabag, la main millénaire de l'érosion a laissé son empreinte dans le paysage, sculptant une multitude de cônes de tufs. Les hommes y ont mis la touche finale en creusant des cavités qu'ils ont habitées pendant longtemps. Puis, au fil du temps, ils ont peu à peu abandonné les habitations troglodytiques pour des maisons plus confortables, reconnaissables à leur toit plat.

02
Le village d'Uçhisar et ses cônes de tuf troglodytiques.


En contrebas du village, la Vallée des Pigeons offre un spectacle étonnant de formes et de couleurs.

03
Le travail de l'érosion dans la Vallée des Pigeons.


Celles-ci se révèlent tout particulièrement en fin de journée lorsque la lumière se fait douce. Les formes plissées de la montagne apparaissent alors comme un gigantesque gâteau meringué...

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La Vallée des Pigeons par une douce lumière de fin d'après-midi.


La Vallée des Pigeons est ainsi appelée car on y a construit une multitude de pigeonniers. Ceux-ci se présentent sous la forme d'édifices rupestres, anciens ou modernes, et toujours utilisés.

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Un des pigeonniers de la vallée.


A l'intérieur, on a creusé des niches pour les oiseaux qui y font leur nid et laissent un amas de guano. Ce guano est utilisé comme engrais pour les cultures alentour. 

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D'autres pigeonniers sur les pentes escarpées du plateau.


Le village d'Uçhisar est dominé par une citadelle visible à des kilomètres à la ronde. Construite à même le tuf, cette forteresse rupestre ne comptait pas moins de vingt-deux étages ! Son aspect est d'autant plus curieux que les éboulements, dus aux ravinements, ont mis au jour les pièces intérieures.

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La citadelle d'Uçhisar.


Si son accès est aujourd'hui interdit pour des raisons de sécurité, on peut néanmoins monter au sommet. Il suffit d'emprunter une galerie d'une centaine de mètres creusée à l'intérieur même du piton. Construite dès l'Antiquité, celle-ci devait servir à assurer la liaison de la forteresse avec l'extérieur et son approvisionnement en eau. De là-haut, le panorama sur le plateau environnant est tout simplement splendide.

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La vue depuis la citadelle.


Un rocher fantomatique semble garder les lieux et guetter l'arrivée d'éventuels ennemis...

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Un rocher sentinelle au sommet.


Je reste pendant un long moment à contempler le paysage alentour et décide d'assister au coucher du soleil.

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Le coucher de soleil depuis la citadelle d'Uçhisar.


Un dernier cliché avant de redescendre et il est temps pour moi de retourner à Göreme. Je dois rendre la mobylette de location et rentrer à l'hôtel pour préparer mon sac à dos. Le retour à Istanbul est prévu pour le lendemain. Un couple d'Espagnols, rencontré à Uçhisar le jour-même,  s'est proposé de m'emmener à Ankara en voiture. Finalement, nous ferons la route ensemble jusqu'à Istanbul...

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 17:00


Dans les environs immédiats de Göreme, à Paşabag, se trouvent des cônes de tuf singuliers qu'on appelle des cheminées de fées car, selon la légende, ils étaient jadis habités par des fées capables d'accomplir divers sortilèges. Pour m'y rendre, je loue une mobylette au départ de Göreme, moyen de transport peu cher et très pratique.

00- GOREME

La carte de la Turquie avec Göreme en point de mire.


La région, d'origine volcanique, est formée de couches géologiques de qualité et de dureté différentes. Au fil des siècles, l'érosion a raviné la couche superficielle du plateau, mettant à découvert le tuf, une roche très friable.

01
Le travail de l'érosion à Paşabag.


Le tuf s'est à son tour dissout, laissant apparaître ici et là des rochers plus durs.

02
Des cheminées de fées isolées ou en formation à Paşabag.


Les blocs que l'érosion, en particulier les pluies, ont mis au jour, se sont ensuite fendus verticalement jusqu'à une grande profondeur, créant ainsi des groupes de cônes.

03
Les cheminées de fées de Paşabag.


La zone de Paşabag comprend principalement des tufs mais ceux-ci sont associés à des types de basalte plus durs que l'on reconnaît dans les "chapeaux" des cheminées.

04
Un chapeau de cheminée en équilibre précaire.


La plupart du temps, les cônes de tuf se dressent séparément mais il arrive parfois qu'ils se fendent dans des cônes plus petits dans leur partie supérieure, leur donnant un petit air de tourelle de château.

05
Un cône de tuf à trois cheminées.


La Vallée des Moines est ainsi appelée en raison de la présence d'ermitages creusés dans la roche. Aujourd'hui, on peut encore visiter l'un ou l'autre d'entre eux. Une échelle en facilite généralement l'accès.

06
Un ancien ermitage creusé dans la roche.


On appelle également cette vallée "la Vallée de l'Amour". Vu la forme de certains pitons rocheux, on comprend aisément pourquoi... 

07
Un cône de tuf à la forme très suggestive...


Si vous persistez à ne voir dans ces rochers que des champignons géants, alors que penser de celui-ci ?

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La nature est parfois farceuse...


Aux formes phalliques qui se dressent ici et là, et qui prêtent à sourire, on préfèrera peut-être la courbe sensuelle et féminine de ce monticule de tuf...

09
La nature peut être sensuelle...


Avec ses cheminées de fées, la région de Göreme offre un des paysages les plus pittoresques de la Cappadoce. Le site de Paşabag, avec ses cônes de tufs aux formes extraordinaires et parfois amusantes, m'a particulièrement marqué. Inutile de préciser que j'ai pris beaucoup de plaisir à y faire des photos...

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 17:00


Terminer mon voyage en Turquie par la Cappadoce, c'est en quelque sorte terminer en beauté. Comme tout un chacun, j'avais vu des photos de paysages lunaires, de cheminées de fées, de villages troglodytiques, autant d'images étonnantes qui frappent l'imaginaire. Aujourd'hui, j'ai l'occasion de les voir en vrai...


La carte de la Turquie avec Göreme en point de mire.


Nous roulons sur le plateau de Cappadoce depuis un bon moment quand soudain, au détour d'un virage, apparaît le village de Göreme. Les passagers du minibus poussent un "Oh !" de surprise et d'émerveillement. Le paysage est tout simplement incroyable.


Les falaises troglodytiques de Göreme.


La Cappadoce est un plateau dont le sol, très tendre, est constitué d'un tuf d'origine volcanique formé par l'agglomération de cendres et de boues rejetées par d'anciens volcans. Année après année, siècle après siècle, l'érosion a creusé des vallées et des canyons, raviné des falaises et sculpté des monolithes, donnant au paysage un aspect fantastique. L'homme a fait le reste en creusant ici et là des habitations troglodytiques.


Une des nombreuses cavités creusées dans la falaise.


Construites dès le IVe siècle, ces habitations troglodytiques ont servi de refuge aux chrétiens, notamment lors des incursions arabes des VIIe et VIIIe siècles. L'idée était de s'y cacher pour ne pas être repéré et pouvoir, en cas d'attaque, se défendre plus facilement.


Une habitation troglodytique aujourd'hui abandonnée.


La plupart de ces habitations troglodytiques ont été délaissées au fil des siècles au profit de maisons plus confortables. Celles-ci se sont multipliées et le village de Göreme s'est développé au milieu de ce paysage pour le moins insolite. Ainsi, il n'est pas rare de voir un de ces cônes de tuf, devenus inutiles, trôner au fond du jardin...


Le village de Göreme.


Certains s'en sont très bien accommodés en y aménageant des chambres d'hôtel. Cela plaît énormément aux touristes, toujours avides d'expériences originales.


Une habitation troglodytique restaurée.


Le minibus nous dépose sur la place centrale du village. Je reprends mon sac à dos et me mets en quête d'une pension pas trop chère. J'en trouve une à deux pas du centre qui, avec son joli patio et sa verdure, respire le calme.


La Tabiat Pension.


On me propose un lit dans un des dortoirs creusés dans la roche. Le confort est très basique mais comme aucun autre client ne se présente, je dispose de trois lits pour moi tout seul !


La chambre troglodytique.


Le lendemain matin, alors que le soleil pointe tout juste à l'horizon, je suis réveillé par un souffle bruyant qui semble provenir de la cour. Je sors et en levant les yeux, j'aperçois une montgolfière dans le bleu du ciel.


Le vol d'une montgolfière au-dessus de Göreme.


Je me retourne et je vois dix, vingt, trente autres montgolfières s'élevant dans les airs les unes après les autres. C'est féérique...


Le ballet des montgolfières.


Elles semblent se jouer des obstacles, passant au ras des monolithes de tuf et des habitations, remettant les gaz au dernier moment. Ah ! Quelle émotion cela doit être de survoler ainsi un tel paysage...


Attention aux obstacles...


Après environ une heure de vol, poussées par un vent très faible, elles se posent sur le plateau juste derrière moi.


Atterrissage imminent.


A la sortie du village de Göreme se trouve une vallée, devenue maintenant un parc national, qui regroupe une cinquantaine de sanctuaires taillés dans la roche dont une trentaine sont ouverts au public. C'est l'oeuvre de moines chrétiens qui, dès le IVe siècle, vinrent s'établir ici en petites communautés.


Le parc national de Göreme.


J'ai choisi de vous montrer quatre églises (ou chapelles) qui témoignent de l'évolution à la fois de l'architecture et des peintures murales.

La première affiche une grande simplicité : une simple pièce grossièrement taillée dans la roche. Ici et là, quelques figures géométriques et des croix, décor très représentatif de la période iconoclaste byzantine (VIIIe-IXe siècles), période de crise politique et religieuse pendant laquelle toute représentation du divin était proscrite.


Une petite chapelle rupestre (IXe siècle).


Dans la chapelle Sainte-Barbe (Azize Barbara Şapeli), on trouve également des figures géométriques et des croix mais aussi, élément nouveau, quelques fresques. C'est la fin de la période iconoclaste et le retour des icônes.


La chapelle Sainte-Barbe (XIe siècle).


L'Eglise à la Pomme (Elmalı Kilise) ci-dessous témoigne de l'évolution de la peinture comme un art. On a peint des saints, des évêques, des martyrs et des anges avec une grande précision. Les costumes sont détaillés et les visages, sur fond clair, sont mis en valeur.


L'Eglise à la Pomme (fin XIe-début XIIe siècle).


Ici, les scènes bibliques sont représentées de façon très sobre, ce qui facilite leur identification.


La fresque de l'arrestation du Christ (début XIIe siècle).


Dans l'Eglise Sombre (Karanlık Kilise), la peinture religieuse atteint son apogée, avec une richesse inégalée tant dans les couleurs que dans le dessin. Les fresques couvrent entièrement les murs, les arcades et les voûtes. Il y a une telle profusion que l'on ne sait plus où donner de la tête...


L'Eglise Sombre (fin XIe-début XIIe siècle).


L'Eglise Sombre (Karanlık Kilise) doit son nom à l'obscurité qui y règne, la seule source de lumière naturelle provenant d'un petit oculus donnant sur le narthex. C'est d'ailleurs pour cette raison que les couleurs ont gardé leur éclat. Une fresque retient mon attention, celle de la Cène. L'ébauche de perspective, avec la table et les apôtres au premier plan et les bâtisses à l'arrière-plan, est assez étonnante.


La fresque de la Cène (XIIe siècle).


La situation géographique de Göreme, au milieu des monolithes de tuf, et son patrimoine historique en font un lieu unique. On pousse des "Oh !" et "Ah !" d'étonnement et d'émerveillement à chaque nouvelle découverte. La présence d'un grand nombre de touristes n'enlève rien à la magie du lieu. C'est une étape incontournable pour qui visite la Cappadoce.

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 17:00


La Cappadoce est à juste titre une des destinations favorites des touristes qui visitent la Turquie. Ses paysages lunaires hérissés de cheminées de fées, ses villages troglodytiques et ses églises historiques ornées de fresques sont en effet uniques au monde. Mais bien que très fréquentée, la région ne manque pas de sites encore sauvages tels la vallée d'Ihlara.


La carte de la Turquie avec la vallée d'Ihlara en point de mire.


La vallée d'Ihlara est une gorge creusée dans le plateau rocheux de la Cappadoce. La végétation qui tapisse le fond de la vallée contraste grandement avec le plateau désertique environnant.


La vallée d'Ihlara.


Un escalier aménagé dans la falaise permet de descendre directement dans le canyon. De chaque côté, des cavités creusées dans la paroi rocheuse abritent des églises. Il en existerait plusieurs dizaines réparties dans la vallée dont la plupart sont aujourd'hui inaccessibles.


Une des nombreuses cavités creusées dans la falaise.


La construction de ces églises remonte au IVe siècle. Elles sont l'oeuvre de moines byzantins qui firent de la vallée un lieu de retraite privilégié. Elles auraient servi de refuges lors des incursions arabes des VIIe et VIIIe siècles. D'un style très simple au départ, elles vont s'orner de fresques à partir du début du IXe siècle. C'est le cas de Ağaçaltı Kilisesi, l'Eglise Sous Les Arbres, également appelée l'Eglise Saint-Daniel.


Les fresques de l'Eglise Saint-Daniel.


Le sentier suit le cours d'eau sur plusieurs kilomètres, tantôt à l'ombre des arbres, tantôt en plein soleil. La chaleur est très présente, d'autant qu'il n'y a pas de vent au fond du canyon, mais la rivière est là pour nous rafraîchir.


La vallée d'Ihlara.


Plus loin, la vallée débouche sur un paysage plus ouvert et nous retrouvons le bitume de la route. Nous remontons alors dans le minibus qui nous conduit au monastère de Selime.


La vallée d'Ihlara depuis le monastère de Selime.


Le monastère, entièrement taillé dans la roche, se fond parfaitement dans le paysage. On y trouve une église, bien sûr, des salles communes, une cuisine, des cellules de moines, des étables avec des mangeoires creusées dans la pierre et beaucoup d'autres éléments rappelant le mode de vie troglodytique.


Le monastère de Selime.


Le travail effectué par les moines est spectaculaire. Partout des escaliers, des galeries, des passages...



Un des passages creusés dans la roche.


Chaque pièce a été conçue pour répondre à des besoins spécifiques. Ici, le grenier à grain du monastère. On entreposait les céréales dans des cuves creusées dans le sol et au besoin, on faisait du feu dans la cheminée pour chasser l'humidité pendant la période hivernale.


Le grenier à grain.


L'église était bien entendu au centre de la vie monastique. Bien que de taille modeste et sombre, elle présente une architecture tout à fait intéressante. Les piliers, les arcades, la voûte, tout est taillé dans la masse.


La nef de l'église.


Les murs étaient couverts de motifs peints et de fresques. Aujourd'hui, mille ans après, il en reste encore quelques traces.


Détail des arcades de la nef.


La vallée d'Ihlara mérite le détour. C'est un endroit idéal pour une balade hors des sentiers battus. Sa verdure, ses églises troglodytiques millénaires, sa tranquillité sont autant d'atouts. Je déplore le fait de ne pas avoir eu davantage de temps pour explorer les autres églises. Le programme de l'excursion, au départ de Göreme, étant très chargé, on ne pouvait pas se le permettre. Dommage, ce sera pour une autre fois...

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 15:03

  

La ville de Divriği étant bordée de montagnes à l'Est, il n'existe aucune route. Il me faudrait faire demi-tour jusqu'à Sivas, soit 3 heures de trajet, et prendre un autre bus qui contournerait l'obstacle par le Nord pour continuer ma route vers l'Est, ce qui ne m'enchante guère. Une alternative s'offre à moi : prendre le train. Le trajet semble plus direct mais combien de temps met-il pour rejoindre Erzincan et pour quel tarif ?

  

 01

La carte de la Turquie avec le trajet de Divriği à Erzincan en point de mire.

  

  

Quand le guichetier m'annonce le prix, je n'en crois pas mes oreilles. Je lui fais répéter. Quatre Livres turques (soit l'équivalent de deux Euros) pour 150 km ? Je prends ! Non seulement c'est moins cher que le bus mais c'est l'occasion de découvrir un autre mode de transport en Turquie.

 

02
Le train en gare de Divriği.

  

  

Quand le guichetier me demande si je veux une place simple ou double, je m'en étonne car il voit bien que je voyage seul. En fait, c'est tout simplement une question de confort. D'un côté de l'allée centrale, se trouvent des places assises pour deux personnes et de l'autre des places assises individuelles. En montant dans le train, j'ai donc la bonne surprise de me voir attribuer un fauteuil pour moi tout seul avec un large espace pour les jambes et même de quoi poser mon sac à dos sans gêner personne. Plus confortable qu'une place en première classe dans un TGV !

  

03

A l'intérieur, beaucoup de place et de confort !

  

  

Peu après le départ, le train s'engage dans un tunnel et quand nous en sortons, je reconnais la gorge vue la veille depuis les ruines de la citadelle de Divriği.

  

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La vallée encaissée près de Divriği.

  

  

Le paysage est grandiose. Le train suit les méandres de la rivière enserrée entre deux montagnes. Nous passons tantôt d'une rive à l'autre en fonction de l'étroitesse de la gorge. Plus loin, la vallée s'élargit et offre un nouveau visage.

  

05

  

  

Un Turc, assis devant moi, s'étonne de me voir prendre autant de photos. Je lui réponds que le paysage est magnifique et que j'en profite mais s'en rend-il compte, lui qui doit faire le trajet régulièrement ? On finit par ne plus prêter attention aux belles choses qui nous entourent...

  

06

 

Bientôt, nous rejoignons une autre rivière, plus grande. Plus tard, je réaliserai, en regardant la carte, qu'il s'agit du mythique fleuve Euphrate !

 

07

 

Quelques kilomètres plus loin, la vallée se rétrécit.

 

08

 

Puis elle s'élargit. Les paysages varient, la végétation aussi. L'émerveillement est total.

 

09

 

Tout à coup, j'aperçois un homme debout sur la banquette un peu plus loin. Que fait-il ? Les mains jointes sur le ventre, il reste immobile malgré les secousses. Puis, il s'agenouille sur la banquette et se prosterne. Il est 12h20 et c'est l'heure de la prière.

 

10

 

Nous entrons de nouveau dans une sorte de canyon et les tunnels s'enchaînent.

 

11

 

Puis, la vallée s'élargit de nouveau et la montagne offre une nouvelle palette de couleurs.

 

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Le paysage est toujours aussi désertique mais de temps à autre un village apparaît. Le train s'arrête quelques minutes puis repart.

 

13

 

Il parcourra la distance de 150 km en un peu plus de 3 heures, soit une moyenne de 50 km/h, ce qui donne largement le temps d'admirer le paysage...

 

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En s'approchant d'Erzincan, on aperçoit des sommets enneigés, dont certains dépassent les 3000 mètres. Puis le paysage s'ouvre sur une large vallée. Nous retrouvons la route de la Soie dont nous nous étions éloignés depuis Tokat.

 

15

 

 

Une fois arrivé à Erzincan, il me faut prendre un minibus pour rejoindre la gare routière mais je n'en vois pas. Un homme se propose de m'emmener dans son véhicule. Il se prétend taxi alors que sa voiture n'arbore aucune plaque du genre. Je refuse. Il insiste. Pour dix Livres turques (cinq Euros), il m'emmène jusqu'à l'otogar. Renseignement pris auprès d'un couple qui embarque dans une voiture privée, il s'avère que c'est le prix. Je finis par accepter. De toute façon, je n'ai pas le choix, le parking de la gare est désert et je ne vois aucun minibus à l'horizon. Avant de monter, précaution dérisoire, je prends une photo de sa plaque d'immatriculation, on ne sait jamais...

 

16

Le train en gare d'Erzincan.

 

 

A la gare routière, je prends un billet pour Trabzon et un jeune homme m'aide à téléphoner pour réserver une chambre à la maison des Enseignants. Malheureusement, tout est complet et il me faudra trouver un hôtel traditionnel. Pour le remercier de son aide, je lui propose un thé puisqu'il refuse tout argent. En fin de compte, c'est lui qui me l'offrira. Ils sont comme ça les Turcs : ils vous aident et en plus ils vous offrent un thé ! Nous avons décidément beaucoup à apprendre...

 

 

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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 22:54

Un peu à l'écart de la route de la Soie, et quasiment ignorée des touristes (pour l'instant), se trouve la ville de Divriği avec ses 14 500 habitants.

01
La carte de la Turquie avec Divriği en point de mire.
Les maisons sont éparpillées sur un vaste plateau perché à plus de 1200 mètres d'altitude. Ici, les gens vivent principalement de l'agriculture et le tourisme n'en est encore qu'à ses balbutiements alors que la ville possède un trésor architectural classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985.

 02
La ville de Divriği vue depuis les ruines de la citadelle.
Ce trésor architectural, c'est le complexe religieux de l'Ulu Cami (Grande Mosquée) et du Darüşşifa (hôpital psychiatrique) construit par l'émir local Ahmet Şah et son épouse Fatma Turan Melik au début du XIIIe siècle.

 03

Le complexe religieux de l'Ulu Cami et du Darüşşifa (1228).

 

 

Contrairement à nos églises et cathédrales, l'idée n'était pas de construire haut (pour se rapprocher du ciel et donc de Dieu), mais de construire beau. Et je dois dire que c'est très réussi. Le choix de la pierre tout d'abord, un ocre jaune qui prend merveilleusement la lumière du soleil. L'architecture ensuite, des murs sobres qui contrastent avec les portails d'entrée richement décorés.


04

Le Darüşşifa, à droite, et l'Ulu Cami dans le prolongement.

 

 

Le portail du Darüşşifa est remarquable. On y trouve des formes géométriques qui, dans l'art islamique, sont l'expression d'une spiritualité. Leur répétition symbolise la nature infinie de la création.


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Le portail d'entrée du Darüşşifa. 

 

 

Parmi ces formes géométriques stylisées, on trouve des étoiles, des entrelacs ainsi que des feuilles et des plantes évoquant le monde végétal, le tout d'une grande finesse.


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Détail du portail d'entrée du Darüşşifa.  

 

 

L'entrée est gratuite et le gardien, un homme d'une cinquantaine d'années aux abords sympathiques, s'occupe comme il peut en sirotant du thé, assis à une table, au frais à l'intérieur. Dans la grande salle, de ce qui était un hôpital psychiatrique, règne une atmosphère particulière. Le silence et la lumière y sont certainement pour quelque chose.


07

La grande salle du Darüşşifa.

 

 

Etant le seul visiteur, je peux plus facilement m'imaginer le bruit de l'eau s'écoulant dans le bassin octogonal au centre. Car c'est ainsi que l'on soignait les malades à l'époque: le clapotis de l'eau était censé apaiser les patients, tout comme la musique que l'on venait jouer pour eux.


 08

La fontaine avec écoulement en spirale et au fond, la scène où venaient jouer les musiciens.

 

 

Le gardien m'invite à prendre le thé. Il ne parle que le turc mais nous arrivons à nous comprendre. Peu de touristes aujourd'hui, peut-être cinq. Je lui dit que c'est dommage, que l'endroit est merveilleux et gagnerait à être connu.

Je poursuis ma visite avec la mosquée qui se trouve dans le bâtiment contigu. Les deux portails d'accès, l'un au Nord et l'autre à l'Ouest, sont, eux aussi, densément sculptés.


09

Le portail Nord de l'Ulu Cami.


10

Le portail Ouest de l'Ulu Cami.


11
Les grilles du portail Ouest.

 

 

On y trouve, comme sur le premier portail, des formes géométriques stylisées et des médaillons, mais aussi des inscriptions en arabe.


 12 

Détail du portail Ouest.

 

 

A l'intérieur de la mosquée, la pierre couleur miel donne beaucoup de clarté et les voûtes, soutenues par des piliers sobrement décorés, sont élégantes et contribuent à l'harmonie de l'édifice.


13

La salle de prière de l'Ulu Cami.

 

 

Le minbar, tout en bois, est remarquable. J'en verrai très peu dans cet état de conservation.


14

Le mihrab indiquant la direction de La Mecque et le minbar en bois sculpté.

 

 

Alors que je sors de la mosquée, je rencontre une famille française, un couple et leurs trois enfants. Ils font le tour de la Turquie en 4x4, préfèrent le camping sauvage aux chambres d'hôtel et du coup, font des rencontres aussi intéressantes qu'inattendues. Le plaisir de parler français et d'échanger nos impressions sur le pays est si fort que nous sympathisons immédiatement.
Le gardien, qui s'apprêtait à fermer, leur propose de visiter le site, et trop content de voir le nombre de visiteurs doubler en un instant, nous donne rendez-vous le soir même dans un des restaurants de la ville afin qu'on puisse tous se retrouver.
En attendant, tandis que le soleil se fait moins ardent en cette fin de journée, je décide de monter à l'ancienne citadelle qui domine la ville du haut de la colline.


15

L'ancienne citadelle vue du parvis de la mosquée.

 

 

De la citadelle du XIIIe siècle, il ne reste rien si ce n'est quelques remparts. Par contre, de là-haut, la vue sur la vallée et les montagnes environnantes est magnifique.


16

La vallée fertile de Divriği, côté Nord.

 

 

Et contre toute attente, de l'autre côté se trouve un paysage complètement différent : une gorge profonde taillée au milieu d'un massif désertique. Le contraste est si spectaculaire que j'en reste pantois.


17

Les montagnes arides, côté Est.

 

 

Ce que j'ignorais, c'est que le train dans lequel j'allais monter le lendemain, allait précisément emprunter cette gorge...

Le soir même, nous nous retrouvons tous au restaurant pour un dîner des plus sympathiques. L'humeur est joyeuse et la conversation (en français) va bon train. Le guide proposera même d'héberger tout le monde pour la nuit. Etant déjà installé à la Maison des Enseignants, je décline l'invitation, mais la petite famille charentaise accepte avec joie. Ce soir, ils ne dormiront pas à la belle étoile !

 


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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 22:40


Sivas, ville de 250 000 habitants, est située sur un plateau à 1280 m d'altitude. Pas la moindre montagne à l'horizon, juste un immense plateau désertique que j'imagine balayé par les vents d'hiver. Mais pour l'instant, c'est l'été, nous sommes à la mi-juillet et je peux profiter d'une fraîcheur relative, environ 25-30 degrés.

01
La carte de la Turquie avec Sivas en point de mire.


A la Maison des Enseignants, j'ai la chance de rencontrer Halid qui se propose de me faire visiter la ville. Etudiant dans la province de Bartın (près d'Amasra), il est de retour dans sa ville natale pendant les vacances scolaires. La rencontre s'est faite de façon tout à fait fortuite. Il passait tout simplement dans la rue quand on lui a demandé s'il pouvait venir traduire les propos du réceptionniste pour moi. Bientôt, nous sommes rejoints par Ahmet, le frère de Halid, au regard bleu azur, assez surprenant dans cette contrée.

02
Halid, à droite, et son frère Ahmet.


Ils vont me servir de guides tout au long de la journée. La visite commence par le centre-ville. Les constructions modernes offrent bien peu d'intérêt mais il y du monde partout et il règne une ambiance bon enfant. Halid me prévient cependant que Sivas reste une ville extrêmement conservatrice et qu'il n'y a pas grand chose à faire pour les jeunes, "une seule discothèque pour toute la ville", se plaignent-ils.

Mes hôtes m'emmènent ensuite voir les monuments seldjoukides de la ville. Les Turcs seldjoukides, venant de Perse sont ceux qui ont mis fin à l'Empire byzantin et occupé une grande partie de l'Anatolie entre le XIe et le début du XIIe siècle.  Ils ont laissé derrière eux quantité de monuments à l'architecture remarquable. Malheureusement, ma déception est grande car la plupart des édifices  est fermé pour cause de restauration. Seules l'école coranique Bürüciye (aujourd'hui occupée par un jardin à thé !) et l'Ulu Camii (Grande Mosquée) sont ouvertes au public.

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La Grande Mosquée (1197) et son minaret incliné (1213).


Bien que souvent remaniée au fil des siècles et coiffée d'un toit moderne, la Grande Mosquée n'en est pas moins le plus vieil édifice de la ville. Ses piliers sont debout depuis plus de huit cents ans.

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La grande salle de prière et ses 50 piliers.


Alors que nous entrons dans la mosquée, nous entendons un murmure au loin. Tout près du minbar (chaire à prêcher), un vieux barbu tient un discours devant un auditoire silencieux et attentif, composé de deux ou trois personnes assises en cercle autour de lui. Nous nous approchons et bientôt, nous nous trouvons mêlés à ce qui semble être un débat théologique. S'adressant à Halid, il demande :
- Et toi, qui est-ce qui t'as créé?
- Allah, répond Halid.
- Qui a créé tes yeux pour que tu puisses voir ? Qui a créé tes oreilles pour que tu puisses entendre ? Et qui a créé ta bouche pour que tu puisses parler ?
A chaque fois, Halid répond par un "Allah " plein d'humilité tandis que les autres membres de l'assistance opinent du chef. Mais bientôt, le regard du vieux barbu se porte sur moi et je sens que je vais être interrogé à mon tour...

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Le minbar de la Grande Mosquée.


Ca ne manque pas.
- Et toi, qui est-ce qui t'as créé ? Qui a créé tes yeux pour que tu puisses voir ? Qui a créé tes oreilles pour que tu puisses entendre ? Et qui a créé ta bouche pour que tu puisses parler ?
Et là, je ne sais pas ce qui me prend, je réponds :
- Ma mère !
Les mots sont sortis de ma bouche. Trop tard. Je réalise que je viens de gaffer. Alors que Halid traduit mes paroles, j'imagine la réaction probable que va susciter ma réponse insensée en ce lieu hautement symbolique qu'est la mosquée au coeur d'une ville réputée conservatrice... C'est de la pure provocation, je vais me faire lyncher !
Mais, à ma grande surprise, le vieux barbu éclate de rire. Les autres aussi. Ouf ! Je l'ai échappé belle...

La suite de la conversation montrera que, non seulement mon vieux barbu, malgré son air sévère, a beaucoup d'humour, mais qu'il fait preuve d'une grande ouverture d'esprit. Il conclura d'ailleurs par cet avis que je partage tout à fait : "Quelle que soit notre religion, nous sommes tous frères et soeurs". Et comme pour sceller notre nouvelle amitié, il m'offrira même un tesbih, un chapelet musulman qui me suivra tout au long de mon périple à travers la Turquie. Depuis, je le garde précieusement chez moi, en souvenir de cette rencontre peu banale...

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Durmuş Şeftali m'offrant un chapelet musulman.


A deux pas de la Grande Mosquée, se trouve un vieux cimetière. Les entrelacs sculptés sur les pierres au-dessus de la grille d'entrée semblent témoigner de l'ancienneté du lieu.

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L'entrée de l'ancien cimetière.


Deux mots écrits en arabe y figurent : Mohamed à gauche et Allah à droite. Ces deux inscriptions sont compréhensibles de tous, même si l'arabe a été abandonné au profit de l'alphabet occidental dans les années 1920, après la guerre d'Indépendance, selon la volonté d'Atatürk.

08
Un détail du linteau de la porte d'entrée avec l'inscription "Allah".


Par la grille, aujourd'hui fermée à clé, on peut voir une dizaine de tombes. Les pierres tombales surmontées d'un turban sont celles des hommes. Par contre, je n'ai pas d'explication pour le rouge des kavuk (bonnet ottoman), couleur assez inhabituelle dans un cimetière turc.

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Les tombes musulmanes de l'ancien cimetière.


Pour remercier mes nouveaux amis de leur gentillesse, je les invite à venir découvrir le musée de la ville avec moi. Ca tombe bien car, bien que Sivas soit leur ville natale, ils ne l'ont jamais vu ! On y découvre des tapis dont certains sont très anciens, différents objets de la vie quotidienne et, à l'étage, la salle des Congrès où Atatürk et ses partisans ont élaboré les plans de la guerre qui allait mener le pays à l'indépendance.

Après la visite du musée, nous décidons de faire une pause. Nous nous installons à l'étage d'un ancien caravansérail en plein centre-ville, apparemment l'endroit préféré de mes hôtes pour se détendre. Ils m'initient au backgammon, un jeu très prisé dans le pays tout comme les dominos. Nous passons un moment fort agréable à jouer et boire du thé.

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Halid et son frère Ahmet jouant au backgammon.


Plus tard, alors que le soleil se couche sur le plateau de Sivas, nous allons voir la Medrese Gök (Ecole Coranique Bleue). Mais là encore, l'édifice est en cours de restauration et nous n'y avons pas accès. Seule, la façade, ornée de motifs sculptés et de faïence bleue, est visible. Les derniers rayons du soleil mettent en valeur ce magnifique monument qui, une fois restauré, vaudra certainement une visite.

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La Medrese Gök érigée en 1271.


Je ne suis pas sûr de me souvenir des règles du backgammon, mais j'aurais plaisir à refaire une partie avec Halid et Ahmet, mes compagnons d'un jour. Sivas n'est peut-être pas une étape exceptionnelle dans mon parcours vers l'Est du pays mais l'amitié qu'ils m'ont témoignée a rendu cette journée mémorable.

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 21:40


Tokat, moins spectaculaire qu'Amasya, possède néanmoins quelques monuments intéressants. Ville chrétienne dans l'empire ottoman au XVIIe siècle, elle ne comptait pas moins de douze églises et quatre couvents. On y trouvait même une colonie juive. Aujourd'hui, il reste quelques juifs mais plus de chrétien et... plus d'église.

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La carte de la Turquie avec Tokat en point de mire.


En revanche, il subsiste un magnifique caravansérail (Tas Han) qui accueillait les marchands sur la Route de la Soie. Les cellules sont aujourd'hui aménagées en atelier, échoppes et bistrots à thé.

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Le caravansérail (1614-1630) et la citadelle en arrière-plan.


A l'angle Nord-Est du caravansérail se trouve une collection d'ustensiles en cuivre et en étain. Je m'arrête pour admirer le travail de ces artisans qui, de leurs mains habiles, ont su façonner ces objets, héritage d'un savoir-faire ancestral.

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Un samovar un peu plus grand que nature !


Un peu trop encombrant le samovar comme souvenir... aussi préféré-je me rabattre sur les pièces de monnaie ottomanes repérées dans la petite boutique d'à côté. J'en choisis trois. Dans mon ignorance, je crois, en voyant les dates figurant sur les pièces, qu'elles sont très anciennes mais vu que le calendrier musulman n'est pas le même que le nôtre, les pièces "très anciennes" se révéleront être du XIXe siècle... C'est que numismate, ça ne s'improvise pas !

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Trois pièces de monnaie ottomanes (XIXe siècle). La Tughra, signature calligraphiée du Sultan, est visible sur celle en haut à gauche.


Tout près du caravansérail se trouve une école coranique (Gök Medrese) édifiée en 1277. Il faut descendre une volée de marches pour y accéder car le niveau du sol s'est élevé de 4 à 5 mètres depuis le XIIIe siècle, conséquence des pluies et des crues qui ont charrié des tonnes d'alluvions dans la ville, sans oublier les glissements de terrain dus aux tremblements de terre.

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L'école coranique et son porche d'entrée (1277).


Gök (ciel) signifie "bleu" en turc ancien. C'est la couleur des carreaux de céramique qui recouvraient les murs intérieurs du bâtiment.

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La cour intérieure de l'école coranique.


Il en reste très peu aujourd'hui mais juste assez pour donner une idée de sa splendeur passée.

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Les carreaux de céramique reprenant le motif de l'étoile.


Le quartier ancien à deux pas de la rue principale est intéressant avec la mosquée Ali Paşa du XVIe siècle et les maisons ottomanes bien restaurées mais ce n'est pas ce qui m'attire. Les maisons ottomanes de Safranbolu m'avaient comblé, j'ai envie de voir autre chose. Je décide de monter vers la citadelle, et bien m'en prend car je découvre un quartier moins pimpant certes, mais au charme authentique.

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La rue en pente qui mène à la citadelle.


Mieux, j'y fais des rencontres aussi drôles qu'inattendues. Tout d'abord, ces trois garçons pour qui l'arrivée d'un étranger est un vrai divertissement. Ils me suivent à la trace à travers les ruelles du quartier en m'assaillant de questions. Quand ils apprennent que je suis professeur, ils redoublent d'intérêt, commençant chacune de leurs questions par un très révérencieux "Teacher !"  qui me fait bien rire.

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Les trois compères : Sefa, Mert et Fahrettin.


Ils me suivent partout, ne me lâchent pas d'une semelle, s'intéressant aux photos que je fais.

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Un petit garçon jouant dans la rue.


Leur présence, un peu envahissante et bruyante il faut bien le dire, m'amuse plutôt. Les gens sortent de leur maison pour voir ce qui se passe.

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C'est la curiosité qui pousse cette femme à sortir de chez elle.


Un couple de retraités, prenant le frais dans la rue, demande aux garçons qui je suis. Ils leur répondent que je suis un enseignant français et que je fais des photos. L'homme me demande alors de le prendre en photo avec son épouse devant sa maison. L'avantage du numérique, c'est que la photo est visible immédiatement. Il la regarde et visiblement satisfait, s'empresse d'écrire son adresse sur un bout de papier pour que je puisse la lui envoyer.

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Le couple de retraités posant fièrement devant leur maison.


Bientôt, tout le quartier est au courant. Je tombe sur un groupe de femmes, assises sur un tapis posé au milieu de la rue, en train de discuter tout en épluchant des légumes. Là encore, les garçons leur expliquent qui je suis. Une femme accepte que je la prenne en photo avec les enfants. Mais les trois autres, sans doute un peu gênées devant un étranger, s'y refusent et préfèrent tourner la tête.

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Pudeur ou gêne, certaines femmes évitent de montrer leur visage.


J'aurai moins de chance plus loin. Alors que je m'apprête à prendre un cliché d'une femme devant chez elle, le beau-père (ou le mari ?) apparaît à la fenêtre de la maison et me dit de déguerpir en joignant le geste à la parole. Je n'insiste pas.

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Les jeunes filles, elles, se prêtent plus volontiers au jeu.


Le plus beau regard, c'est celui de cette jeune femme croisée dans une rue un peu plus haut. Contrairement aux musulmanes sunnites qui se couvrent le pourtour du visage, les musulmanes de confession alevi portent un foulard noué au niveau de la nuque qui laisse apparaître leur cou.

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Une jeune femme alevi dans les rues de Tokat.


Ce jour-là, je donne toute ma provision de gâteaux secs aux trois garçons (qui les engloutissent en un rien de temps) et offre un soda à chacun. C'est grâce à eux que j'ai pu faire tous ces portraits. Tous ces sourires, cette gentillesse... Aujourd'hui, c'est avec beaucoup de plaisir et d'émotion que je revois les photos.

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Les garçons m'accompagnent tout en haut jusqu'à l'ancienne citadelle.


Le soir même, en rentrant, j'assiste à un mariage qui se tient dans la salle de restaurant de la Maison des Enseignants. La décoration est sobre et les invités le sont tout autant puisqu'il n'y a pas d'alcool sur les tables. Les anciens regardent les plus jeunes danser sur la piste au son de la musique turque et ont l'air de s'ennuyer ferme. A 22 heures, les invités partent, on éteint la sono, on range les tables, on passe un coup de balai, la fête est terminée. Ca tombe bien, je voulais me coucher de bonne heure...

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A gauche près du mur, une urne (sous le voile) pour les dons des invités et un écriteau " maşallah ", sensé éloigner le mauvais oeil et guider les jeunes mariés vers le bonheur.


A propos de musique turque, une chanson me trotte encore dans la tête. Elle m'a accompagné tout au long de l'été 2008. Je l'ai entendue partout, dans le bus, à la radio et le clip-vidéo passait régulièrement à la télévision sur les chaînes musicales. Il s'agit de "İçime İşlerken" de Sevda. Je vous invite à l'écouter en cliquant sur le lien suivant :
http://www.dailymotion.com/video/x5luwdsevdaicime-islerkenmusic

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 23:34


Le matin du départ pour Amasya, alors que je demande à un brave homme quel dolmuş (minibus de ville) prendre pour me rendre au terminal de bus de Kastamonu, voilà que celui-ci propose de m'y emmener avec son propre véhicule. Il fera les sept kilomètres depuis le centre-ville et descendra même de sa voiture pour m'accompagner jusqu'au guichet ! Je me rends compte, une fois de plus, à quel point les turcs sont serviables et désireux d'aider. 

Avec Amasya, nous retrouvons la Route de la Soie que nous avions quittée un peu avant Safranbolu en bifurquant vers la Mer Noire.

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La carte de la Turquie avec Amasya en point de mire.


Après avoir traversé un paysage de rizières et un plateau semi-désertique, nous voilà entourés de montagnes qui culminent à 1500-2000 mètres d'altitude.

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Le paysage de montagne près d'Amasya.


Amasya vaut le détour à plus d'un égard. Le site tout d'abord. Blottie au fond d'une vallée encaissée, la ville s'étend de part et d'autre d'une rivière au pied d'un à-pic rocheux couronné d'une ancienne citadelle. Le contraste entre le côté paisible des maisons ottomanes, qui se reflètent dans l'eau, et le côté hostile de la falaise abrupte, juste derrière, est saisissant.

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La ville d'Amasya, rive gauche, et son à-pic rocheux.


Les maisons à pans de bois, restaurées avec goût, forment un bel ensemble et le charme opère à n'importe quel moment de la journée et particulièrement en soirée lorsque le soleil se fait caresse.

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Les maisons ottomanes sur la rive du Yeşilırmak.


Il fait bon flâner dans les rues de la rive gauche et je trouve plein d'endroits pittoresques qui me comblent de plaisir. Ici, un hôtel-restaurant au fond d'une ruelle donnant sur la rivière. C'est naturellement le lieu que je choisis pour faire ma pause-déjeuner.

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Le Grand Pasha Otel sur la rive gauche.


Là, le trottoir a été aménagé en terrasse avec narghilé pour les éventuels amateurs. N'étant pas fumeur, je me contenterai juste de faire une photo...

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Sans aucun doute, le trottoir le plus confortable d'Amasya.


Autre intérêt, et non des moindres, l'histoire de la ville et ses vestiges. Après le démantèlement de l'Empire d'Alexandre le Grand, l'Anatolie se scinde en plusieurs royaumes dont celui du Pont qui couvre un territoire englobant tout le Nord-Est de l'Asie mineure. Amasya en deviendra la capitale en 281 avant J.-C.

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Amasya et le Sultan Bayezid II, ancien gouverneur de la ville (fin XVe siècle).


Les rois du Pont logeaient au pied du piton rocheux dans un palais aujourd'hui disparu. Leurs tombes sont creusées dans la falaise. Elles sont dotées d'une façade monumentale reproduisant l'architecture d'un temple hellénistique. On en dénombre dix-huit dans la vallée, dont cinq sur le site d'Amasya. Elles sont accessibles par un chemin lui-même creusé dans la roche.

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Les tombes des rois du Pont creusées dans la falaise.


Le chemin est un peu glissant mais assez spectaculaire !

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Le chemin creusé dans la falaise.


Une grille empêche de pénétrer à l'intérieur des tombes. Mais quand on se trouve devant l'une d'entre elles, on se sent tout petit et on ne peut qu'admirer le travail colossal qui a été accompli ici. Il en a fallu des coups de marteau et de burin pour arriver à ce résultat...

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Deux des tombes creusées dans la roche.


Pour grimper jusqu'à la citadelle, j'opte pour le taxi. Orhan n'est pas moins bon conducteur qu'un autre turc mais pas meilleur non plus. C'est donc pied au plancher qu'il démarre, soulevant un nuage de poussière...

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Orhan au volant de son taxi.


Quelques minutes plus tard, je me trouve au niveau de la citadelle. Des ouvriers travaillent à sa restauration. Elle était immense puisque son mur d'enceinte s'étendait jusqu'aux berges de la rivière. Elle abritait la ville antique. Certains remparts subsistent et remonteraient à l'époque des rois du Pont. Aujourd'hui, bizarrement, plutôt que de conserver, il semble que l'on préfère reconstruire à neuf...

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Les remparts de la citadelle surplombant la ville.


Mais c'est surtout le panorama, tout simplement exceptionnel, qui justifie le détour.

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La ville d'Amasya enserrée dans sa vallée.


La ville s'est développée sur la rive droite de la rivière, là où il y a davantage d'espace. Eparpillés dans la ville moderne, se trouvent néanmoins quelques monuments anciens dont un marché couvert du XVe siècle, un caravansérail du XVIIIe siècle (aujourd'hui en ruines) qui rappelle que nous sommes sur la Route de la Soie, et quelques mosquées.

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Les quartiers anciens au premier plan et la ville moderne au second plan.


Mon coup de coeur, je le décerne à la mosquée Beyazit Paşa. C'est l'une des toutes premières mosquées ottomanes du pays. Ses magnifiques arcades blanches et rouges s'ouvrent sur une agréable pinède où l'on trouve une jolie fontaine.

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La mosquée Beyazit Paşa (1414) et la fontaine aux ablutions.


C'est près de cette fontaine que je me fais arroser par des enfants qui ne trouvent rien de mieux que d'emplir leur bouche d'eau et de venir me la cracher dessus. Ca les fait beaucoup rire. Moi, beaucoup moins...

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Les portes en bois de la mosquée Beyazit Paşa reprenant le motif de l'étoile.

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Le Coran mis à disposition des fidèles sur le rebord d'une fenêtre.


En revenant à la Maison des Enseignants, idéalement située sur les bords de la rivière, je me délecte une dernière fois de la vue sur la falaise aux deux mille ans d'histoire qui se pare de lumières à la tombée de la nuit.

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La falaise illuminée à la nuit tombante.


Cette dernière vision achève de me convaincre qu'Amasya vaut vraiment le détour...

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 11:12


En arrivant à Kastamonu, je demande l'ögretmenevi (la Maison des Enseignants), un lieu d'hébergement réservé aux professeurs turcs qui enseignent loin de chez eux et qui, en période de vacances scolaires, s'ouvre à tout un chacun. Je montre ma carte d'enseignant et pour 20 YTL, soit l'équivalent de 10,50 Euros, je me retrouve dans un hôtel climatisé trois étoiles avec une chambre double pour moi tout seul. Voilà ce que j'appelle un bon plan... J'en profite en prévision des conditions de logement plus rudes à l'Est du pays...

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La carte de Turquie avec Kastamonu en point de mire.


Dire que j'ai adoré Kastamonu serait un bien grand mot mais j'y ai vu et appris des choses intéressantes. Et puis, j'ai le souvenir d'un petit-déjeuner parmi les plus roboratifs qu'il m'ait été donné de prendre en Turquie. Jugez-en plutôt : pain, fromage (deux sortes), tomates, concombres, charcuterie, pastèque, olives (quatre sortes), confiture, beurre et oeufs, sans oublier le thé et le café, le tout à volonté !

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Le petit-déjeuner à la Maison des Enseignants.


C'est donc l'estomac plein que j'aborde la visite de la ville, à commencer par la citadelle.  Construite sur une des collines qui dominent la ville au XIe siècle par l'Empereur byzantin Isaac Ier Comnène, elle a été conquise d'abord par les Seldjoukides (fin XIe siècle) venant de Perse, puis par les Danishmendides (début XIIe siècle) originaires également de Perse, puis par les Mongols (milieu XIIIe siècle) et enfin par les Ottomans (milieu XVe siècle). Aussi, ne faut-il pas s'étonner aujourd'hui de n'y trouver que des ruines. Les Ottomans avaient pourtant reconstruit les quinze tours et bastions  mais le tremblement de terre de 1943 a donné le coup de grâce.

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La rampe d'accès et les remparts de la citadelle.


On y accède rapidement depuis le centre. Une fois la première porte passée, on se trouve dans la basse-cour.

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La citadelle dominant la ville.


On monte encore et de là-haut, la vue sur les toits de tuile des maisons ottomanes de la vieille ville se révèle magnifique mais il n'y pas de rampe de sécurité aussi mieux vaut-il regarder où l'on met les pieds...

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La vue depuis la citadelle.


Dans le quartier historique de la ville, la mosquée Nasrullah mérite qu'on s'y attarde.

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La mosquée Nasrullah (1506) et au loin, la citadelle (XIe siècle).


Avec son double dôme et ses dix-huit arches, la fontaine aux ablutions, juste devant la mosquée, est une merveille d'élégance.

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La fontaine de la mosquée Nasrullah (1752).

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Les arches de la fontaine.


J'observe les enfants jouer autour de la fontaine. Après avoir bu, ils s'amusent à s'arroser comme le ferait n'importe quel enfant du monde.

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La double fontaine (1506).


La double fontaine, elle, date de la même époque que la mosquée. Une légende dit que si l'on boit l'eau de cette fontaine, on reviendra sept fois à Kastamonu ou on s'y installera dans les sept années à venir. Je n'ose pas tremper mes lèvres dans l'écuelle commune... Ce n'est pas le Docteur Pasteur qui m'en tiendra rigueur.

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L'écuelle de la fontaine.


Je ne bois pas l'eau du robinet non plus. La turista viendra bien assez vite, pas besoin de la provoquer...

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La fontaine aux ablutions de l'école coranique Munire.


Dans la mosquée qui est, aujourd'hui encore, la plus grande de la ville, j'admire la riche décoration que l'on doit à un artiste local du début du XVIe siècle..

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La salle de prière de la mosquée Nasrullah.


C'est dans cette mosquée que le poète national turc Mehmet Akif Ersoy donna un prêche en faveur de la Guerre d'Indépendance (1919-1923).

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Le minbar de la mosquée ou chaire à prêcher.


Il fut aussi le créateur de l'hymne national turc et le lut ici-même pour la première fois après son adoption par l'Assemblée Nationale turque.

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La chaire à prêcher plus contemporaine mais néanmoins joliment sculptée.


C'est aussi à Kastamonu qu'eut lieu en 1925 la révolution du code vestimentaire. Atatürk décida l'abandon du fez traditionnel, à caractère trop religieux et donc en contradiction avec l'Etat laïc qu'il voulait instaurer, au profit de la casquette... française ! Etonnant, non ?

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Un ancien arborant encore fièrement la casquette.


Un grand merci à ce monsieur qui s'est gentiment prêté à la photo !

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