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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 20:23


C'est aujourd'hui que commence l'aventure en Anatolie. Je prends le bus pour Safranbolu, première étape de mon circuit. Je suis seul avec mon sac à dos pour me tenir compagnie. Plus question de me faire guider, plus question de me faire aider. Je dois me débrouiller seul avec les quelques rudiments de turc que j'ai appris pendant les trois jours passés à Istanbul en compagnie de mon amie turcophone Nathalie. Car on m'a prévenu, là où je vais (dans l'Est), personne ne parle autre chose que le turc ou le kurde...

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Mon circuit en Turquie avec Safranbolu pour première étape.


Dans le bus à air climatisé, tout est fait pour vous rendre le voyage agréable, boisson et petit en-cas offerts et une petite giclée d'eau de Cologne à ceux qui  veulent se rafraîchir mains et visage. Le service est assuré par un très jeune homme, tout juste sorti de l'adolescence qui, tel un steward dans un avion, fait des allers-retours dans l'allée centrale pour s'assurer que personne ne manque de rien.

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Le bus en partance pour Safranbolu.


Après six heures de route, nous arrivons à Safranbolu. Cette ville de 32 000 habitants compte un patrimoine architectural ottoman exceptionnel, le plus important de toute la Turquie. Dès 1976, le site est protégé par décret. Les premiers travaux de restauration commencent en 1982. En 1994, la ville est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Au total, ce sont 810 maisons et 165 autres bâtiments des XVIIIe et XIXe siècles qui sont ainsi patiemment restaurés année après année.

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L'un des quartiers historiques de Safranbolu et ses maisons ottomanes.

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Hükümet Sokak, une des rues pittoresques qui mènent au centre-ville.


Malheureusement, la restauration se heurte souvent à des difficultés techniques, matérielles et financières. En effet, comment adapter des maisons anciennes aux exigences de la vie d'aujourd'hui ? Où trouver les matériaux traditionnels ? Et surtout, où trouver l'argent pour financer les travaux ? Souvent, les familles aux revenus modestes se contentent de parer au plus pressé.

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Une maison à pans de bois et torchis.

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Les fenêtres traditionnelles avec leur rampe d'appui en bois.


Les habitations étaient assez grandes pour accueillir plusieurs générations d'une même famille sous le même toit.

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Une maison typique avec encorbellement.


Les cours intérieures et jardins étaient entourés de hauts murs. On vivait ainsi à l'abri des regards.

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Détail d'une porte avec serrure et anneaux de porte de fabrication locale.


Les fenêtres étaient munies de grilles et les femmes ne se montraient pas aux hommes étrangers.

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Une fenêtre avec grille de bois.


Juste à côté de la pansiyon où je loge, se trouve une maison ottomane admirablement restaurée et transformée en musée (Kaymakamlar Müze Evi). On y apprend que les hommes et les femmes y vivaient séparés, d’un côté le haremlik (partie réservée aux femmes) et de l’autre le selamlik (partie réservée aux hommes).

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A la cuisine, les femmes préparent les galettes de pain.

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Les hommes, assis par terre sur des tapis, prennent leur repas ensemble.

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Un recoin dans une pièce est traditionnellement réservé au bain de vapeur.

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Non, ce n'est pas le musée, c'est ma chambre à la Bastoncu Pansiyon !


Dans la pansiyon où je loge, je rencontre des touristes de différentes nationalités. On raconte, on échange. Le Japonais revient enchanté de son séjour en Cappadoce; les trois Néerlandaises projettent d'aller au hammam dans l'après-midi; le Russe, féru d'histoire, part le lendemain pour Sinop, à 200 km au Nord-est sur les bords de la mer Noire. C'est à Sinop que le 30 novembre 1853 une escadre russe détruisit la flotte turque, ce qui déclencha les hostilités entre les forces franco-britanniques, pro-ottomanes, et les Russes, de l'autre côté de la mer Noire en Crimée. Ce sera le début de la guerre de Crimée.

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Une fontaine ottomane au coin d'une rue.


J'achète une carte postale et quand je m'adresse à deux policiers pour demander où je peux trouver une boîte aux lettres, l'un deux ouvre les bras vers le ciel et me lance avec un large sourire "Tourist, we love you !" C'est bien la première fois qu'un agent de police me fait une déclaration d'amour...

Plus tard dans la journée, je me balade dans les rues escarpées qui surplombent le quartier du centre-ville.


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Scène de vie dans la ville haute.


Je croise un groupe de garçons qui n'ont visiblement pas grand chose pour s'amuser. Aussi, ma présence attire-t-elle immédiatement leur attention. "Hello, what's your name ?". Après les présentations, ils continuent en turc et me demandent d'où je viens. Quand je leur réponds que je suis français, ils se mettent à citer tous les noms des joueurs de football français qu'ils connaissent : "Thierry Henry, çok güzel (super) ! Franck Ribéry, çok güzel ! Zinedine Zidane, oh, çok çok çok güzel !"


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Les garçons prenant la pose sur les hauteurs de Safranbolu.


Puis, ils me demandent de chanter une chanson française. J'entame alors une des rares chansons dont je connaisse les paroles, La maison près de la fontaine de Nino Ferrer. Ca ne leur plaît pas du tout, trop lent. Ils veulent quelque chose qui bouge. La seule chanson "qui bouge" qui me vienne à l'esprit, c'est une chanson de Pierre Groscolas... de 1973 ! Mais là, je fais un tabac. Au premier refrain, les garçons se mettent à danser, les bras tournoyant dans l'air à l'oriental. Au deuxième refrain, ils reprennent avec moi "Lady lady lay...". C'est gagné, ils adorent !

Je ne sais pas si les enfants se souviennent encore de cet air entraînant mais je dois dire que ce moment-là reste un grand souvenir pour moi...

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Published by Hubert Longépé - dans Anatolie centrale
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