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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 23:14


Pour se rendre à Tatvan depuis Van, on peut prendre le bateau qui traverse le lac d'Est en Ouest, soit une centaine de kilomètres. Mais pour une question de temps, j'opte pour le bus qui contourne le lac par le Sud. Sur la route, on rencontre de nouveau un barrage militaire. Comme au Mont Ararat, on nous demande nos papiers. Et c'est reparti pour un quart d'heure d'attente. C'est la deuxième fois que je me fais contrôler et le cinquième checkpoint militaire depuis Kars...

La carte de la Turquie avec Tatvan en point de mire.


Depuis quelques jours, je subis une gastro-entérite que je ne parviens pas à enrayer. Les comprimés d'immodium n'apportant aucune amélioration, il me faut me soigner autrement. Je me rends donc à l'hôpital de Tatvan pour y trouver un médecin. Après consultation, le médecin me prescrit une injection de glucose par intraveineuse (nécessaire seulement en cas de déshydratation extrême). En fait, je ne comprends pas grand chose à ce qu'il me raconte, vu que son anglais est limité, mais je décide de lui faire confiance. C'est comme ça que je me retrouve allongé sur un lit d'hôpital pendant une heure et demie avec une aiguille dans le bras...


Le goutte-à-goutte à l'hôpital de Tatvan.


La ville de Tatvan n'est pas plus tournée vers l'eau que sa voisine Van. Et si les rives du lac ne sont pas aussi éloignées du centre-ville, ce n'est pas pour autant qu'on y a aménagé une plage.


Tatvan sur les rives du lac de Van avec au loin, le Mont Nemrut.


L'attraction de la ville, quoique très peu connue (y compris des Turcs eux-mêmes), c'est le Mont Nemrut (Nemrut Dağı), un volcan endormi dont la dernière éruption remonterait à 1597. Du haut de ses 3050 m d'altitude, il domine la ville de Tatvan et le lac dont il est à l'origine.


La ville de Tatvan et le lac de Van.


Dans le minibus qui nous emmène au cratère, nous sommes huit touristes : un couple de Français, un Anglais, un couple de Polonais et leurs deux enfants, et moi-même. La montée est rude et, avec la chaleur ambiante, notre véhicule a bien du mal à grimper. Il faut nous arrêter deux fois en cours de route pour laisser refroidir le moteur...


Le minibus à l'arrêt près de la crête du cratère.


Une fois sur la crête du cratère, on découvre une gigantesque caldeira (littéralement "chaudron" en portugais) elliptique occupée par un lac, le lac Nemrut (Nemrut Gölü). Avec un cratère de 8 km de diamètre, le Nemrut constitue le plus grand volcan de la Turquie et le quinzième plus grand volcan du monde. Il est tellement immense que je ne parviens pas à faire une photo d'ensemble malgré le grand angle dont je dispose.


Une partie de la caldeira avec au fond, le lac Nemrut.


Après avoir pris le temps d'admirer ce paysage insolite, nous descendons dans le fond de la caldeira par un chemin de terre impressionnant qui semble accroché au flanc du volcan.


Le chemin d’accès au cratère.



La descente dans le fond du cratère.


Ce n'est pas un lac mais cinq qui se sont formés au fond du cratère, tous très différents. On y trouve un lac de forme allongée et peu profond.


Le lac "gris".


Un autre de petite taille mais très profond (plus d'un kilomètre).


Le lac "noir".


L'un d'entre eux est vraiment très particulier. Outre sa couleur d'un vert émeraude, il est alimenté par une source d'eau chaude à 60° C qui témoigne d'une activité volcanique encore bien présente.


Le lac "vert".


La végétation a su s'adapter et des herbes hautes ont colonisé la rive du lac où se trouve la source d'eau chaude. C'est là que la famille polonaise s'amuse à marcher sur les pierres en évitant de mettre un pied dans l'eau. Un faux-pas et, à cette température, c'est la brûlure assurée...


La famille polonaise testant l'eau du lac.


L'Anglais s'est assis au bord du lac et, inspiré par l'endroit, trace une esquisse du paysage sur son journal de bord tandis que je fais quelques clichés du site. Le couple de Français, lui, préfère quitter le groupe et continuer le chemin à pied pour découvrir les lacs à leur rythme.


Le lac "vert".


Il est bientôt l'heure de pique-niquer. On remonte dans le véhicule pour se rendre sur la rive opposée du lac. On rejoint un ami de notre guide sous une sorte d'abri, constitué de bâches, très utile à cette altitude pour se protéger des rayons ardents du soleil. Tout le monde partage qui, un morceau de pain, qui, un melon et l'ambiance est des plus agréables.


Pique-nique au bord du lac "vert".


Des hippies se sont installés à quelques pas de là sous un abri tout aussi sommaire que le nôtre. Il semble qu'ils passent une partie de l'été ici, profitant pleinement de la nature.

L'après-midi est consacré à la balade à pied. J'en profite pour rejoindre le lac Nemrut. La falaise qui confère à la caldeira sa structure impressionnante, atteint ici les 800 mètres de hauteur.


Le lac Nemrut au pied de la falaise.


Quelques Turcs s'y sont donné rendez-vous. Ils viennent en famille pour pique-niquer, se baigner et bien sûr, profiter de la beauté du site.


Une eau claire qui incite à la baignade.


Une seule embarcation est présente sur le lac, celle d'un modeste pêcheur qui doit venir à la belle saison.


Un bateau de pêcheur sur les rives du lac Nemrut.


Car le reste de l'année, le cratère est sous la neige et l'accès en est rendu impossible. Il faut attendre le mois de mai, et la fonte des neiges, pour pouvoir en profiter de nouveau.


Le cratère du Nemrut à la fonte des neiges.


L'injection de glucose dans mes veines n'aura finalement pas plus d'effet que l'immodium ou les séances de "chamanisme" (rappelez-vous l'épisode de la Taiwanaise à Doğubayazıt) sur ma gastro-entérite. Il faudra les bons conseils du couple de Polonais (rencontré ce jour-là), dont la femme est médecin, pour trouver le médicament miracle qui en viendra à bout. Le voyage se poursuivra alors dans de bien meilleures conditions.

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Published by Hubert Longépé - dans Anatolie orientale
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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 22:28


C'est sur la proposition du gérant de l'hôtel et dans sa camionnette que nous nous rendons, moi et quelques autres touristes européens de passage, sur l'île d'Akdamar.


La carte de la Turquie avec l'île d'Akdamar en point de mire.


Située à une quarantaine de kilomètres au Sud-Ouest de Van, elle est visible depuis le rivage.


L'embarcadère pour l'île d'Akdamar, en face.


Trois kilomètres seulement nous séparent de l'île et un petit bateau à moteur nous y emmène en une dizaine de minutes.




La traversée en bateau.


C'est entre 915 et 921 que Gagik Ier Arçrouni, roi de Vaspourakan (province de l'Arménie historique), y fit édifier un palais, un monastère et une église. Si le palais et le monastère ont aujourd'hui disparu, il reste l'église Sainte-Croix (Akdamar kilisesi), joyau de l'architecture arménienne.


L'église Sainte-Croix (début Xe siècle).


Ses murs, couleur ocre, sont recouverts de bas-reliefs qui font du monument un des plus originaux de la chrétienté. C'est d'ailleurs un miracle qu'ils soient parvenus intacts jusqu'à nous.


La façade Sud de l'église.


En haut, une frise continue représente des scènes de chasse. En bas, on peut voir des personnages et des scènes de l'Ancien Testament.


Les prophètes Elie et Samuel (en médaillon) et en bas (de gauche à droite) : Saül, David et Goliath.



Le Christ en majesté (remarquer les trois doigts levés, symbole de la trinité) et un ange.


A gauche, le prophète Jonas avalé par la baleine. A droite, Noé, pris de boisson, retrouvé dévêtu dans les vignes. Le personnage en turban juste au-dessus pourrait être le roi Salomon.


La façade Est de l'église représentant d'autres saints et prophètes.


A l'intérieur, les murs sont tapissés de fresques datant du Xe siècle. Malheureusement, celles-ci sont très abîmées.


L'intérieur de l'église.


Quelques unes d'entres elles ont néanmoins réussi à traverser le temps et certaines ont même gardé leurs couleurs d'origine.


Un saint évêque portant le pallium (ornement liturgique porté sur la chasuble).


C'est sans doute l'isolement de l'île qui a permis à ce chef-d'oeuvre d'architecture d'échapper à la destruction. Aujourd'hui, on peut ainsi profiter d'un monument exceptionnel au milieu d'un paysage de carte postale.


L'île d'Akdamar avec au loin le Mont Çadir (3537 m).


Après cette petite visite culturelle, rien de tel qu'un bon bain dans l'eau claire du lac de Van.


Une petite plage, côté Nord.


Les galets de la petite plage, située à deux pas de l'église, ne sont pas très confortables mais je ne résiste pas à l'envie de me baigner. L'eau est claire et légèrement salée, du fait des origines volcaniques du lac.


Sur la plage de galets.


Je nage... dans le bonheur. La dernière fois que je me suis baigné, c'était dans la mer Noire, du côté d'Amasra, au tout début de mon périple, alors, pensez donc !

Mais bientôt, il est l'heure de rentrer. Nous reprenons le bateau qui nous ramène sur les rives du lac.


Le capitaine du bateau au gouvernail.


Le nom Akdamar, viendrait d'une légende racontant l'histoire d'une princesse arménienne, appelée Tamar, qui habitait sur l'île. Elle était tombée éperdument amoureuse d'un homme du peuple. Chaque nuit, le garçon se rendait sur l'île à la nage pour rendre visite à sa belle, guidé par une lanterne qu'elle allumait pour lui. Mais son père fut mis au courant de ses visites nocturnes. Une nuit, alors que la princesse attendait son amant, son père fracassa sa lanterne, laissant le pauvre garçon nager au milieu du lac sans aucun repère pour le guider. On dit que ses derniers mots auraient été "Akh, Tamar" (Oh, Tamar) et qu'on peut encore les entendre certains soirs...

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 22:56


Je quitte Doğubayazıt pour me rendre à Van au Sud-Ouest, à environ trois heures de route.

La carte de la Turquie avec Van en point de mire.


Après une centaine de kilomètres, la route atteint les rives du lac de Van. De l'eau ! Enfin de l'eau ! Après avoir traversé plusieurs centaines de kilomètres de désert et de steppe, me voilà arrivé à cet immense lac qui a toute les apparences d'une mer. Non seulement il est salé, à cause de ses origines volcaniques, mais avec ses 3755 km2, presque sept fois le lac Léman, il constitue la plus grande réserve d'eau de toute la Turquie.


Le lac de Van entouré de montagnes.


L'eau étant propre (peu de pollution industrielle) et d'une température très agréable en été, on aurait pu imaginer que les villes construites alentours en tirent profit. Il n'en est rien. Le tourisme dans la région en est à ses balbutiements et les activités nautiques sont quasi-inexistantes. Ainsi, les rives du lac sont vouées à l'agriculture pour le plus grand plaisir des amoureux de la nature...


Le lac de Van.


Bâtie à 4 km de ses rives, la ville de Van a volontairement tourné le dos au lac. Reconstruite au lendemain de la Première Guerre mondiale, elle est moderne et n'a que peu d'intérêt. Les œuvres architecturales ottomanes et arméniennes n'ont pas survécu au conflit. Si l'on vient ici, c'est pour visiter la citadelle (Van kalesi).


La citadelle de Van.


Située sur un promontoire rocheux, elle fut érigée par Sarduri 1er, roi de l'Urartu au IXe siècle av. J.-C., un territoire établi autour du lac de Van.


Les remparts de la citadelle.


Ce qui frappe, en dehors du site lui-même, c'est le matériau de construction utilisé. Si les remparts sont constitués d'énormes blocs de pierre, le donjon, qui prend appui sur le rocher, lui, semble fait de boue séchée et de traverses de bois. Comment a-t-il pu traverser les siècles et parvenir jusqu'à nous ? Mystère...


La rampe d'accès et le donjon.


Une fois en haut, on découvre un magnifique panorama portant jusqu'aux Monts Erek (Erek Dağı) dont les sommets dépassent les 3000 mètres.


Les fortifications avec au loin, la nouvelle ville et les Monts Erek.


Pour optimiser l'espace sur des surfaces aussi exigües, les Urartéens étaient passés maîtres dans l’art de creuser des pièces dans la roche même. Ainsi, sur le site, on a retrouvé une étable creusée dans le rocher.


La citadelle, côté Nord.


Tout là-haut, le sentier au bord de la falaise est impressionnant. J'avance avec précaution. La vue est splendide. Juste en contrebas, se trouve le site de Tushpa, la ville ancienne, aujourd'hui disparue.


L'impressionnante falaise, côté Sud.


La Tour de Sarduri (Sardur Burcu), vieille de presque 3000 ans, est toujours debout. Elle présente plusieurs inscriptions cunéiformes, en syriaque, qui chantent les louanges du roi Sarduri 1er.


La Tour de Sarduri (840-830 av.J.-C.).


Nous sommes en début de soirée et la lumière du soleil, filtrée par les nuages, donne des couleurs très douces au paysage. Je m'assois et admire cette immense étendue d'eau pendant un long moment, je me sens bien. 

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 23:40


Lorsqu'on est à Ani, on pense être au bout du bout de la Turquie. Mais non, Doğubayazıt se situe encore davantage à l'Est. Pour m'y rendre depuis Kars, il me faut prendre un bus qui longe la frontière de l'actuelle Arménie, changer à Iğdır et terminer les 50 derniers kilomètres en minibus.


La carte de la Turquie avec Doğubayazıt et le Mont Ararat en point de mire.



Doğubayazıt est dans une partie du territoire à majorité kurde et l'armée turque est sur le qui-vive. Le 8 juillet, trois touristes allemands ont été kidnappés sur les pentes du Mont Ararat, tout proche. (Ils seront finalement libérés le 20 juillet, soit trois jours avant notre arrivée). Le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), qui a revendiqué cet enlèvement, réclame l'autonomie du Kurdistan depuis 25 ans. Le problème est complexe car, comme le montre la carte, il concerne non seulement la Turquie mais aussi l'Iran, l'Irak et la Syrie. Bien entendu, aucun de ces pays ne souhaite se séparer d'un morceau de son territoire, qui plus est, riche en eau et en pétrole !

La carte de la région avec les zones majoritairement kurdes.


Dans le minibus, la chaleur est étouffante car la climatisation est défaillante. Le voyage est long (plus de trois heures) et particulièrement pénible pour ceux qui, faute de place, voyagent debout. Soudain, droit devant nous, un barrage militaire nous barre la route. Nous sommes contraints de nous arrêter. Un soldat, fusil-mitrailleur en main, s'avance vers notre véhicule. Il s'adresse au chauffeur et demande à voir nos papiers. Nous nous exécutons. Il collecte les passeports et pièces d'identité des quinze voyageurs présents et disparaît. La tension est palpable dans le minibus et personne n'ose faire de commentaire. Dix minutes plus tard, il réapparaît avec les documents. Nous pouvons repartir, ouf !

Parmi les voyageurs, deux Taiwanaises. Après un périple de trois semaines en Turquie, sac au dos, elles s'apprêtent à visiter l'Iran. Je suis admiratif.


Huifen et Lily, mes deux compagnes de route du jour.


Nous sympathisons et arrivés à Doğubayazıt, je leur propose de les guider vers la Maison des Enseignants et d'aller manger ensemble, ce qu'elles acceptent. Au restaurant, Lily entreprend de me guérir de mes maux d'estomac. En effet, je traîne un virus depuis quelques jours et ai du mal à m'en débarrasser. Elle pose une main sur mon ventre et commence à roter à tout va. Comme cela, sans discontinuer, elle enchaîne rot sur rot sous le regard médusé des serveurs (fort heureusement, nous sommes les seuls clients). Je lui demande si tout va bien. Elle m'explique qu'elle est en train de me soigner...

La séance continuera plus discrètement à l'hôtel. Mais là, j'ai droit à la totale : coups de poing sur les épaules, dans le dos, friction du cuir chevelu. Elle me fait vraiment mal mais je n'ose rien dire, j'essaie de me convaincre que c'est pour mon bien. Après une bonne nuit de sommeil, je me sens effectivement mieux le lendemain. Pas rancunier, je leur propose de faire la visite ensemble.

La rue principale bordée de bâtiments modernes.


Lieu de passage obligé pour se rendre en Iran (la frontière n'est qu'à 35 km), la ville est animée mais n'offre que peu d'intérêt. Et pour cause, elle ne date que de 1937 ! Par contre, à 6 km au Sud, le palais d'Ishak Paşa (Ishak Paşa Sarayı) est une pure merveille. Situé dans un cadre exceptionnel, au milieu d'un désert qui fait déjà penser à l'Iran, il semble tout droit sorti des contes des Mille et Une Nuits.


Le palais d'Ishak Paşa dominant la ville de Doğubayazıt.


Commencé en 1685 et achevé en 1784, l'édifice tient à la fois de la forteresse et de la résidence princière. Outre la couleur dorée de la pierre, qui donne une belle unité à l'ensemble, on y trouve une architecture aux influences diverses : seldjoukide, ottomane, géorgienne, perse et arménienne.


L'entrée principale avec son parement triangulaire (influence seldjoukide).


Une fois, la porte principale franchie, on accède à une première cour. Elle accueillait les marchands et les invités.


La première cour du palais et la porte monumentale menant à la seconde cour.


Près de l'entrée, on remarque une fontaine richement décorée, destinée à rafraîchir les visiteurs, et en face, de l'autre côté de la cour, une seconde porte monumentale ornée de bas-reliefs.


Bas-relief floral de la seconde porte monumentale (influence arménienne).


Seuls la famille et les hôtes de marque étaient autorisés à pénétrer dans la seconde cour. On y voit l'entrée du haremlik (quartier privé) et celle du selamlık (quartier des hommes).


L'entrée du selamlık.


Le tombeau, situé à l'angle Nord-Ouest de la cour, abrite un sarcophage. Il est très joliment décoré.


Le tombeau avec ses niches triangulaires à facettes (influence seldjoukide) et ses décors floraux (influence perse).


Quant aux fenêtres du selamlık, elles sont tout simplement splendides.


Les fenêtres du selamlık décorées de motifs étoilés (influence ottomane).


Au fond de la deuxième cours, une troisième porte monumentale richement décorée donne accès au harem. Il abritait les appartements du propriétaire des lieux et ceux des membres de sa famille.


L'entrée du harem.


Malheureusement pour nous, le quartier résidentiel est fermé au public pour cause de restauration. Nous ne verrons pas la salle à manger aux chapiteaux finement ouvragés d'influence géorgienne et c'est bien dommage. Nous devons nous contenter d'observer l'extérieur de la porte monumentale.


Un des deux lions de la porte monumentale menant au quartier résidentiel.


Pour accéder à la mosquée, terme de la visite, il faut entrer dans le selamlık et traverser une petite cour qui servait aux cérémonies.


La cour des cérémonies et la mosquée.


La mosquée, avec son minaret bicolore, rouge et ocre, ne manque pas de charme. A l'intérieur, on trouve un décor plus sobre qu'à l'extérieur, visiblement fait pour éblouir les visiteurs, et davantage en rapport avec sa fonction.


La salle de prière de la mosquée.


A quelques centaines de mètres du palais, au pied de pics abrupts, on distingue les ruines d'Eski Beyazıt (Vieux Beyazıt), l'ancienne cité, ainsi qu'une mosquée très endommagée et une citadelle qui pourrait dater de l'époque urartéenne (XIIIe-VIIe siècle av. J.-C). Ses remparts se fondent admirablement bien dans le paysage.


L'ancienne citadelle urartéenne.


Avant de redescendre sur Doğubayazıt, nous prenons le temps d'admirer les montagnes désertiques alentour. Elles ont des teintes curieuses allant du vert au gris en passant par le mauve. On en profite pour se prendre en photo les uns les autres.


La vue depuis le palais.


Au loin, on aperçoit le Mont Ararat, le point culminant de la Turquie (5137 m). C'est un lieu biblique puisque c'est là que se serait échouée la fameuse Arche de Noé. Un guide proposera de m'y emmener. La somme demandée est importante  (550 € par personne pour trois jours de trek, nourriture et matériel de bivouac fournis), mais le seul fait que trois touristes allemands se soient faits kidnapper deux semaines plus tôt, suffit à me refroidir. Non, merci, ce sera pour une autre fois...

 
Le Mont Ararat encapuchonné de neige.


Pour moi, le Mont Ararat marque la fin de ma progression vers l'Est de la Turquie. En effet, à partir de maintenant, j'entame la route du retour. Je cheminerai désormais vers l'Ouest...

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 20:05


Les ruines d'Ani se situent à la frontière arménienne qui est officiellement fermée. Les dissensions entre les deux pays sont telles que la zone reste sous le contrôle de l'armée. Bien que le site soit ouvert au public depuis quelques années, il n'existe aucune navette depuis Kars, il faut donc s'en remettre à un chauffeur privé.

 
La carte de la Turquie avec Ani en point de mire.


Notre chauffeur, déniché auprès de l'office de tourisme, roule à tombeau ouvert. Peu importe les nids-de-poule, les gravillons ou la poussière, il fonce. Assis sur la banquette arrière avec d'autres touristes européens, je n'en mène pas large. Bientôt, alors que nous croisons un véhicule venant en sens inverse, un caillou vient heurter le pare-brise, ajoutant une longue fissure à celles déjà existantes...

Après 45 minutes de cahots à travers la steppe, les remparts de l'ancienne capitale arménienne apparaissent enfin.


Les remparts de la ville d'Ani (Xe siècle).


Située sur un important axe commercial Est-Ouest et dotée de défenses naturelles, la ville d'Ani se développe au Xe siècle lorsque le roi d'Arménie Achot III décide d'en faire sa capitale. Il fait construire des remparts, puis un grand palais et une citadelle. La ville s'agrandit et devient, à la fin du Xe siècle, le centre politique, religieux et culturel de toute l'Arménie médiévale. C'est à ce moment là qu'un nombre impressionnant d'églises voit le jour, ce qui lui vaudra le surnom de "ville aux mille et une églises".

On pénètre sur le site par la Porte au Lion (Aslan Kapısı) qui tiendrait son nom du bas-relief représentant un lion sur la muraille intérieure.


La Porte au Lion (Xe siècle).


Une fois la double enceinte franchie, on découvre un paysage pour le moins insolite. Un immense plateau désertique parsemé de ruines s'étend à perte de vue. On a du mal à imaginer que cette ville-fantôme, autrefois peuplée de 100000 habitants, ait pu tenir la dragée haute à Constantinople. Les invasions successives des Byzantins (1045), des Turcs seldjoukides de Perse (1064) et enfin des Mongols (1239) auraient vidé la ville de ses habitants. Un tremblement de terre en 1319 lui aurait donné le coup de grâce. Depuis, les vestiges de cette cité, jadis florissante, sont livrés à la nature.


L'Eglise du Rédempteur (1034-1036).


C'est en m'attachant aux détails des ruines de l'Eglise du Rédempteur que je découvre cette magnifique croix de pierre, ou khatchkar en arménien. C'est une pierre de commémoration gravée, que les Arméniens élevaient lors de la construction d'une église (comme ici), ou pour le salut de leur âme, ou pour commémorer une victoire militaire ou encore pour se protéger des catastrophes naturelles.


Un khatchkar ou croix de pierre arménienne.


Parmi la douzaine de bâtiments encore visibles, principalement des églises, le plus extraordinaire est sans doute l'Eglise Saint-Grégoire-de-Honents (Resimli Kilise). Située au bord du plateau, elle domine les gorges de l'Akhourian, la rivière qui sépare la Turquie de l'Arménie.


L'Eglise Saint-Grégoire-de-Honents (1215).


Sur le mur extérieur, on peut voir de superbes bas-reliefs intacts et une inscription en arménien. Il s'agit d'une énumération des biens (moulins, champs et vignobles) donnés par un riche marchand (Tigrane Honents) pour l'édification de cette église.


Une inscription en arménien sur la façade Est.


A l'intérieur, des fresques, malheureusement très abîmées, représentent des scènes de la Bible et de l'histoire de l'Eglise arménienne.


La coupole ornée de fresques.


En contrebas de l'édifice, on voit les vestiges d'un pont qui enjambait la rivière. Aujourd'hui, une clôture de fils de fer barbelé empêche de passer.


La frontière fermée entre la Turquie et l'Arménie.


Le paysage est tout simplement fabuleux. Le plateau est comme enserré dans une boucle de la rivière. L'Arménie est là, devant moi...


Les gorges de l'Akhourian et au loin la citadelle (Iç Kale).


Il faut se contenter de voir la citadelle de loin car elle est interdite au public. La mosquée, elle, bien que sérieusement endommagée par les épreuves du temps, vaut vraiment le coup d'oeil.


La mosquée Menücer et son minaret octogonal (1072).


Elle présente une architecture singulière, mélange de style arménien et seldjoukide. L'alternance de pierres rouges et noires, notamment, est intéressante. Deux jeunes garçons, armés d'une énorme glacière remplie de bouteilles d'eau, attendent patiemment le client à l'ombre des arcades. L'endroit est stratégique puisque c'est l'édifice le plus éloigné de l'entrée. Et vu la chaleur...


L'intérieur de la mosquée.


Toujours au bord du plateau mais côté Ouest de la cité, l'Eglise Saint-Grégoire d'Abougraments (Polatoğlu Kilise).


L'Eglise Saint-Grégoire d'Abougraments (fin Xe siècle).


Deux militaires en arme discutent tranquillement à l'ombre de l'édifice. Visiblement, ils craignent davantage le soleil qu'une invasion surprise...


L'Eglise Saint-Grégoire d'Abougraments (Xe siècle).


Là aussi, l'architecture est particulière puisque l'église est en forme de rotonde. Au niveau supérieur, la série de colonnes doubles entourant chacune des douze fenêtres est du plus bel effet.


Les arcades ornementées du niveau supérieur.


Nous terminons la visite par un des palais seldjoukides encore debout. Bien que restauré à outrance, il n'en demeure pas moins intéressant.


Le palais seldjoukide.


Sur le portail d'entrée notamment, on retrouve un parement étonnant avec la même bichromie que dans la mosquée.


La porte d'entrée du palais.


Ainsi s'achève la visite d'Ani. Ces ruines, ce paysage... je trouve le site fabuleux. J'aimerais y passer davantage de temps mais il nous faut rentrer.

Sur le chemin du retour, notre chauffeur conduit aussi vite qu'à l'aller. Au loin, une charrette à cheval s'engage sur la chaussée pour se rendre de l'autre côté. Elle a largement le temps de traverser la route. Mais notre chauffeur, sans doute furieux de concéder la priorité à un cheval, accélère et fonce délibérément dessus en klaxonnant. Le pauvre cheval, terrorisé par le bruit, se cabre et fait un écart au passage de notre véhicule au grand dam de son cocher. Comme nous désapprouvons totalement cet acte imbécile, le chauffeur croit bon se justifier en disant :
"Comme ça, il fera attention en traversant la route la prochaine fois."

Décidément, les temps ont bien changé depuis l'époque mongole de Gengis Khan et de Tamerlan, et le cheval n'est plus le roi sur les steppes d'Anatolie...

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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 21:50


Quand j'arrive au terminal de bus d'Erzurum, le bus en partance pour Kars est déjà là. On m'invite à mettre mon sac à dos dans la soute à bagages. Le temps d'aller acheter mon billet et de passer aux toilettes, plus de bus, il est déjà parti ! Je n'imaginais pas perdre mes affaires de façon aussi stupide. Deux messieurs assis sur un banc, hilares, m'expliquent que le chauffeur est simplement parti chercher des voyageurs en ville et qu'il va revenir sous peu. Je pousse un soupir de soulagement. J'apprendrai plus tard qu'il s'agit de la compagnie de bus "Kafka", tout s'explique...


La carte de la Turquie avec Kars en point de mire.


La région que nous traversons depuis Erzurum fait partie de l'ancienne Arménie qui s'étendait sur un territoire immense, comme le montre la carte. Elle va être l'objet d'un conflit territorial tout au long de son histoire. Au Xe siècle, Kars devient la capitale d'un des royaumes d'une Arménie déjà réduite géographiquement et morcelée. A partir du XIe siècle, le pays, amputé d'une grande partie de son territoire historique, sera convoité par l'Empire ottoman (à l'Ouest), l'Empire perse (au Sud) et plus tard, au XIXe siècle, par l'Empire russe (au Nord). Il sera finalement intégré à l'Union soviétique en 1920, avant de devenir indépendant le 21 septembre 1991.


La carte de l'ancienne Arménie en 80 avant Jésus Christ avec les frontières des pays actuels.


Après 4 heures de route, j'arrive enfin à la Maison des Enseignants. Malheureusement pour moi, toutes les réservations sont annulées. Le Président turc est en visite officielle à Kars et l'hôtel est réquisitionné. Il me faut trouver un autre hôtel. C'est bien la première fois qu'un Président de la République dort dans ma chambre...

Kars a gardé les traces de l'époque russe. La ville est construite selon un plan rigoureusement géométrique, les larges avenues sont tracées au cordeau et les bâtiments en béton sont carrément austères. Ajoutez à cela des rues poussiéreuses, des trottoirs défoncés, des échoppes misérables et vous aurez une petite idée de Kars... Fort heureusement, le vieux quartier, près de la rivière, recèle quelques richesses historiques comme la citadelle (Kars Kalesi), perchée en haut d'une colline ainsi qu'un vieux pont de pierre (Taş Köprü).


La citadelle (XIe-XVIe siècles) et le pont de pierre (1725).


Ce dernier fut détruit par un tremblement de terre au XVe siècle et reconstruit au XVIIIe siècle. Quant à la citadelle, témoin de toutes les vicissitudes de l'histoire de Kars, elle a été reconstruite plusieurs fois. Les remparts que l'on voit aujourd'hui datent de 1579.


La porte d'accès à la citadelle.


Du haut de la citadelle, on jouit d'une vue sur le plateau de Kars et le paysage de steppe environnant.


L'enceinte de la citadelle surplombant la ville.


En contrebas, à la limite de la partie moderne de la ville, une ancienne église se distingue par son architecture, l'église des Apôtres.


La ville de Kars avec l'église des Apôtres (932-937) au premier plan.


Malgré les apparences et l'absence de minaret, l'église des Apôtres est aujourd'hui une mosquée (Kumbet Camii) et le muezzin, micro en main, y chante divinement bien. C'est ici que j'entendrai le plus bel appel à la prière de tout mon séjour en Turquie, frissons garantis...


L'église des Apôtres et ses porches d'entrée (ajout russe du XIXe siècle).


Elle est ainsi appelée en raison des bas-reliefs sculptés au niveau du dôme qui représentent les douze disciples de Jésus.


Deux des bas-reliefs représentant les apôtres.


A l'intérieur, en dehors des quelques aménagements liés au culte musulman (minbar et mihrab), on reconnaît l'architecture traditionnelle des églises arméniennes : une croix inscrite dans un carré et surmontée d'un dôme.


L'intérieur de l'église des Apôtres.


Aussi étrange que cela puisse paraître, le musée est situé à quatre kilomètres du centre-ville, de quoi décourager plus d'un touriste. De fait, je suis l'unique visiteur. On y trouve pourtant de belles collections d'objets d'époque seldjoukide et ottomane. Je m'arrête devant une vitrine hautement colorée. On y trouve tout l'équipement nécessaire au cavalier des steppes, comme pour nous rappeler que les Turcs de la région ne sont autres que les descendants des cavaliers Mongols qui déferlèrent sur la région, entre le XIIe et le XIVe siècle, à la conquête d'un nouveau territoire. Parmi eux, deux figures célèbres : Gengis Khan et Tamerlan.


Tapis, selle, sacoches, étriers...


Par souci d'économie, le gardien allume manuellement les lumières des différentes salles (et des vitrines) où je passe et les éteint dès que j'en sors. Quelle misère...


Un coussin et des tapis aux motifs typiques de la région et un plateau avec un gobelet en or et argent.


Le soir, alors que je rentre à l'hôtel, j'ai la surprise de tomber sur une demi-douzaine de policiers. Simple vérification de papiers. Voyant ma nationalité, le chef me rend ma carte d'identité avec un grand sourire en me souhaitant en français un "bon voyage". Que cherchent-ils, je n'en ai aucune idée. Il faut dire que la frontière avec l'Arménie, toute proche (50 km), est officiellement fermée. Redoutent-ils quelques infiltrations ?

Rendez-vous est pris le lendemain matin avec un guide anglophone qui doit nous emmener, moi et d'autres européens en visite dans la région, sur le site d'Ani, justement à la frontière arménienne...

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Published by Hubert Longépé - dans Anatolie orientale
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 23:42


Après avoir parcouru plus de 1 500 km en bus depuis Istanbul, j'aborde enfin la partie orientale de la Turquie.


La carte de la Turquie avec Erzurum en point de mire.


Dans le bus, un couple assis juste derrière moi m'offre du pestil, sorte de crêpe épicée au goût de caramel. Devant nous, défile un paysage de montagnes quasi-inhabitées : la steppe.


La route déroulant son ruban dans la steppe.


Située à 1945 mètres d'altitude sur un haut-plateau, la ville d'Erzurum se visite plutôt l'été. L'hiver, elle connaît des températures glaciales (-35 °C !) et des chutes de neige importantes. La station de ski, à quelques kilomètres de là, est ouverte neuf mois dans l'année, avis aux amateurs...


La ville d'Erzurum entourée de montagnes.


Avec plus de 40 000 étudiants, l'université d'Erzurum est l'une des plus importantes du pays. Les monuments historiques se concentrent de part et d'autre de la grande avenue qui traverse la ville d'Ouest en Est.


Un cireur de chaussures sur le trottoir de la grande avenue.


Je m'arrête à l'Ecole coranique Yakutiye (Yakutiye Medrese). Des deux minarets d'origine, seules subsistent la base de l'un et la partie inférieure de l'autre, mais la façade de l'édifice vaut néanmoins le coup d'oeil.


L'école coranique Yakutiye (début XIVe siècle).


Ce sont les Mongols qui l'ont érigée en 1310, mais l'influence des Turcs seldjoukides, leurs prédécesseurs, se remarque dans l'architecture, notamment au niveau du portail et de sa décoration.


Le portail de l'Ecole coranique Yakutiye.


Détail du portail avec l'aigle seldjoukide, l'arbre de vie et deux lions.


L'école coranique abrite désormais le Musée d'Ethnographie et d'Arts turco-islamiques. Les vitrines sont parfois mal éclairées et les objets exposés pas toujours mis en valeur, mais j'y trouverai néanmoins quelques trésors à mon goût.


Une coiffe d'apparat (XIXe siècle).


La Khomsa ou main de Fatima, symbole de protection.


Plus loin, se trouve l'Ecole coranique aux Minarets Jumeaux (
Çifte Minareli Medrese), plus ancienne puisqu'elle date du XIIIe siècle. Bel édifice, même si les minarets, là aussi, ont subi quelques dommages dus aux vicissitudes de l'histoire.


L'Ecole coranique aux Minarets Jumeaux (milieu XIIIe siècle).


C'est une construction imposante de style seldjoukide.


L'un des deux minarets en brique décorés de faïence bleue.


La cour principale avec ses quatre grandes niches et sa double colonnade.


Au fond de la cour, on pénètre dans une petite salle voûtée très sombre qui abrite le mausolée de Huand Hatun, fondatrice de l'école coranique. L'accès est libre, il suffit de se déchausser à l'entrée.


La tombe de Huand Hatun, recouverte d'un linceul vert (couleur de l'islam). Au-dessus, une tenture représentant trois vues de La Mecque.


Juste à côté de l'école coranique se trouve la grande mosquée (Ulu Cami). L'édifice du XIIe siècle est malheureusement fermé au public pour cause de restauration. Je poursuis donc mon chemin jusqu'aux Trois Tombes (Üç Kümbetler) situées dans un petit parc derrière l'école coranique, un peu à l'écart de l'axe principal. Elles sont vraiment jolies, particulièrement au coucher du soleil.


La tombe octogonale attribuée à Emir Saltuk (début XIIe siècle), l'un des fondateurs de l'empire Seldjoukide, et deux tombes non identifiées (fin XIIIe siècle ou début XIVe siècle).


Le lendemain, je visite la citadelle (Kale), construite sur une petite colline au Ve siècle par l'empereur Théodose.


Le mur d'enceinte de la citadelle.


L'enceinte de la citadelle ne renferme rien d'extraordinaire, à part quelques anciens canons. A l'extrémité, se trouve un ancien minaret qui a servi de tour de guet à une époque avant de faire office de tour d'horloge.


La cour intérieure de la citadelle et l'ancien minaret (XIIe siècle).


Depuis son sommet, on a une vue d'ensemble sur la ville et les montagnes environnantes.


L'enceinte du château et sa petite mosquée (XIIe siècle).


Juste en contrebas, côté Nord, on distingue un quartier entier de bidonvilles. La misère est là, à deux pas du centre-ville et de ses commerces.

Alors que je continue ma balade, j'entends un coup de klaxon. Tiens donc, voilà qu'apparaît le 4x4 de la famille charentaise ! Rencontrée une première fois à Divriği puis croisée au Monastère de Sumela près de Trabzon, voilà que je la retrouve à Erzurum. Décidément, nous nous suivons !


Le midi, je vais manger une soupe dans un des nombreux restaurants du centre-ville. Les çorba sont très bonnes en Turquie et c'est quasiment les yeux fermés que je commande une işkembe çorbası. Seulement voilà, je découvre qu'il s'agit d'une soupe... aux tripes de mouton !


La fameuse soupe aux tripes...


Je n'aime pas du tout ! La seule vue des morceaux de tripes flottant dans le liquide blanchâtre m'écoeure mais la faim qui me tenaille l'estomac est la plus forte et je l'avale. Ce jour-là, j'apprendrai donc à mes dépens ce qu'est la işkembe çorbası et croyez-moi, je retiendrai le nom !

Heureusement, le dessert est bien meilleur : un kaymaklı kadayıf, sorte de gâteau de vermicelles à la pistache.


Le kaymaklı kadayıf, un vrai délice !


Dans les rues d'Erzurum, on rencontre beaucoup de femmes voilées de la tête aux pieds. Seule une petite partie de leur visage est visible. La ville se veut moderne mais les traditions sont bien ancrées et le Coran fait encore loi.
"O Prophète ! prescris à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants, d’abaisser un voile sur leur visage. Il sera la marque de leur vertu et un frein contre les propos des hommes. Dieu est indulgent et miséricordieux." (Le Coran, Sourate XXXIII, verset 57)


Deux femmes venues se rafraîchir à la fontaine.


Le soir, alors que je me promène dans le jardin à thé du musée où l'on joue de la musique, des jeunes gens m'invitent à leur table pour boire un thé. J'accepte avec plaisir.

Yasin est professeur de philosophie, tandis que Salih et Vefa sont étudiants en deuxième année de Droit. Ils sont très curieux de savoir d'où je viens, comment je vis et combien je gagne (on me posera souvent la question en Turquie). La conversation se poursuit au restaurant où je leur paye un soda et un hamburger (rien à voir avec le hamburger que l'on connaît). A mon tour, je les interroge sur leur vie. Ils sont croyants et pratiquants  Tous m'avouent qu'une fois mariés, ils imposeront le port du voile à leur femme. Pourquoi ?
"Parce que c'est la seule tenue décente pour une femme".

Ils ont du mal à concevoir que je sois autre chose que musulman et vont passer une bonne partie de la soirée à me convaincre du bien-fondé de leur religion.
"Tu es sympathique, tu pourrais faire un bon musulman, tu sais ?"
Yasin est le plus acharné.
"Allah est l'unique vérité !" m'assure-t-il.
Il lui vient alors une idée saugrenue. Il m'invite à répéter sur le champ, mot pour mot en arabe, une phrase, dont j'ignore le sens au moment où je la prononce, qui s'avérera être le chahada, l'acte de foi musulman ! En voici la traduction : "Je témoigne qu’il n’y a de vraie divinité que Dieu et que Mahomet est Son messager." Alors que je termine de prononcer la phrase, Yasin affiche un grand sourire de satisfaction...


Yasin et Salih (Vefa ne figurant pas sur la photo).


Je ne sais pas si ce jour-là, dans ce restaurant, assis devant un hamburger, je suis devenu musulman (à l'insu de mon plein gré, comme dirait l'autre), mais je dois avouer que la situation, sans offense aucune, m'a beaucoup amusé...

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Published by Hubert Longépé - dans Anatolie orientale
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