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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 17:00


La ville de Silifke se situe dans le Sud de la Turquie, à quelques kilomètres seulement de la mer Méditerranée. Elle fut le théâtre d'un événement particulier qui allait modifier l'histoire de la troisième croisade.


La carte de la Turquie avec Silifke en point de mire.


En contrebas de l'imposante forteresse médiévale dont nous parlerons plus loin, coule le fleuve Göksu. C'est là que Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Frédéric Barberousse, empereur du Saint-Empire romain germanique, se noya en 1190 alors qu'il participait à la troisième croisade vers Jérusalem (1189-1192).


Le fleuve Göksu et le château de Silifke.


Les circonstances de sa mort sont mal connues. On rapporte qu'après avoir participé à une bataille, il aurait voulu se baigner dans le fleuve afin de se rafraîchir. Il serait alors mort d'un choc thermique. D'après d'autres sources, son cheval se serait affolé lors de la traversée du fleuve et Barberousse aurait sombré, emporté par le poids de son armure...


Frédéric Barberousse en habit de croisé (miniature de 1188).


La troisième croisade avait été lancée par le Pape Grégoire VIII suite à la reprise de Jérusalem par Saladin en 1188. Barberousse avait pris la tête d'une armée, la plus grande jamais rassemblée (au moins 20 000 chevaliers), et s'était mis en route vers Jérusalem. Il avait suivi la voie terrestre tandis que Richard Ier d'Angleterre, dit Richard Cœur-de-Lion, et Philippe II de France avaient fait le choix d'emprunter la route maritime via la Sicile.


La carte des routes terrestres et maritimes des croisades.


Ainsi, après avoir traversé toute l'Europe et une grande partie de l'Anatolie, et remporté quelques victoires contre les armées musulmanes en chemin, Barberousse mourut noyé à Silifke, fin peu glorieuse s'il en est. Lui qui rêvait de Terre promise ne vit jamais les remparts de Jérusalem et il ne put tenir la promesse qu'il avait faite avant son départ d'affronter Saladin en duel...

La forteresse byzantine, construite sur les hauteurs, fut un temps occupée par les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem (ordre Hospitalier) qui la transformèrent. Ses ruines sont encore visibles aujourd'hui.


Les remparts du château (XIIe siècle).


Du haut des remparts on peut admirer un magnifique panorama.


Les environs de Silifke depuis les remparts.


Outre les vingt-trois tours, en plus ou moins bon état, on découvre quelques vestiges dont une salle qui servait d'entrepôt.


Une salle d'entrepôt.


A quelques centaines de mètres de la citadelle se trouve une citerne. Creusée à même le roc à l'époque romaine, elle a assuré le ravitaillement en eau de la ville pendant très longtemps.


La citerne romaine.


D'autres sites archéologiques d'époque romaine sont dispersés çà et là dans la ville. C'est le cas du temple de Jupiter qui se tient en bordure d'une des artères principales. Construit par les Romains, il fut transformé en basilique chrétienne au Ve siècle. Des cigognes ont élu domicile sur la colonne corinthienne encore debout !


Le temple de Jupiter (IIe siècle).


La mort de Barberousse en 1190 à Silifke peut paraître anecdotique mais elle marquera un tournant dans la troisième croisade puisque, après la perte de leur chef, une grande partie des croisés teutoniques retournera chez elle, laissant les armées de Richard Coeur-de-Lion et de Philippe II de France bien seules devant Saladin. Il faudra attendre 1229 et la 6e croisade pour que les croisés reprennent Jérusalem... avant de la perdre de nouveau 15 ans plus tard...

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Published by Hubert Longépé - dans Côte méditerranéenne
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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 17:00


Après avoir passé deux jours en bord de mer, du côté d'Antioche, je suis curieux de voir la côte Méditerranéenne un peu plus loin, vers l'Ouest. Mon choix se porte sur Kızkalesi, une petite ville au Sud-Ouest de Mersin.


La carte de la Turquie avec Kızkalesi en point de mire.


Le trajet en bus depuis Antioche me permet de voir que la côte est très urbanisée, en particulier entre Mersin et Kızkalesi. Les villes se sont très largement développées autour du tourisme et le mouvement semble s'être accéléré ces dernières années. Ici, on est loin de la Mésopotamie et de la beauté sauvage de ses paysages...


La plage de Kızkalesi.


Kızkalesi a néanmoins quelques atouts, notamment une longue plage réputée être la plus belle de la région. Après avoir déposé mes affaires à l'hôtel, je m'empresse donc d'y aller pour goûter aux joies du sable et de l'eau.


La plage de Kızkalesi.


Alors que je parcours la plage de bout en bout, je suis témoin d'une scène amusante : deux braves hommes se sont couverts de sable, croyant ainsi échapper aux rayons ardents du soleil. Il semble que ce ne soit pas tout à fait efficace, au moins pour l'un d'entre eux...


Bain de soleil sur la plage...


Plus loin, une scène insolite : une dame tout habillée se trouve à moitié ensevelie dans le sable, un parapluie en guise d'ombrelle à la main. Le sable aurait-il des vertus curatives que j'ignore ?


Ou bain de plage sous le soleil...


Autre atout de la ville, le château (Kız Kalesi) qui se dresse juste au-dessus des flots à quelques centaines de mètres de la plage. Il a donné son nom à la ville et en est devenu l'emblème.


Le château de Kızkalesi (XIIe siècle).


Construit au XIIe siècle par les byzantins, il était relié par une digue, aujourd'hui disparue, à un autre château (Korykos) situé quasiment en face, sur le continent. La combinaison des deux forteresses assurait une excellente défense de la ville et de son port.

Des bateaux assurent la navette entre la plage et le petit îlot. Le prix est un peu élevé au vu de la distance, preuve, s'il en est, que nous sommes bien dans une région touristique...


Les bateaux en partance pour le château.


Il n'existe pas de ponton à l'arrivée. Il faut juste sauter au bon moment sur le bon rocher...


La façade Est du château avec le donjon.


Il reste malheureusement peu de vestiges de la forteresse mais on peut néanmoins monter en haut du donjon pour avoir une vue d'ensemble.


Les vestiges des remparts et, au loin, la ville de Kızkalesi.


Le nom de Kız Kalesi, le Château de la Jeune Fille, viendrait d'une légende que voici :


Il était une fois un roi qui avait une fille dont la beauté et les qualités de coeur ravissaient son père autant que les sujets de son royaume. Un jour, une diseuse de bonne aventure lui prédit que sa fille mourrait d'une morsure de serpent dans un proche avenir.


Les vestiges des remparts.


Le roi qui chérissait sa fille chercha tous les moyens de lui épargner une fin aussi tragique. Il lui vint alors l'idée de faire construire un château sur la mer et de l'y installer.


Le château Korykos situé en face, sur le continent.


Mais un jour, un panier de raisin fut apporté au château, un serpent s'en échappa et mordit la jeune fille. La diseuse de bonne aventure avait dit vrai et la prédiction était juste. Le roi en fut bien triste et dut se rendre à l'évidence que nul ne peut échapper à son destin...


Le bateau-navette sur le chemin du retour.


Un peu plus tard, le bateau me ramène sur le continent où je retrouve la plage et son animation. Le soir, quand la nuit tombe, le spectacle est encore assuré par le château et ses illuminations.


Le château par une nuit de pleine lune.


Kızkalesi reste une étape agréable grâce à sa plage et à son château mais les bâtiments modernes qui sont en construction ici et là laissent augurer du pire. L'urbanisation est en marche sur cette partie de la côte et il y a fort à parier que d'ici quelques années le site soit complètement métamorphosé...

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Published by Hubert Longépé - dans Côte méditerranéenne
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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 17:00


Après six semaines de pérégrinations sac au dos en Turquie, j'éprouve le besoin de m'arrêter, de marquer une pause. Tous ces paysages et toutes ces rencontres m'ont enchanté les yeux et le coeur mais maintenant, j'aspire à un peu de repos. Samandağ, une petite ville au bord de la mer Méditerranée à une vingtaine de kilomètres au Sud-Ouest d'Antioche, m'apparaît comme le lieu idéal pour faire cette pause.


La carte de la Turquie avec Antioche et Samandağ en point de mire.


La Maison des Enseignants étant en travaux, on m'indique un hôtel en bord de mer. J'arrive en fait dans un hôtel construit directement sur la plage avec piscine, air conditionné et chambres avec vue sur mer, le grand luxe ! Petite folie qui me revient à... 60 Livres turques la chambre, soit environ 30 Є, petit déjeuner et repas du soir inclus !


La plage et la mer Méditerranée vues de la fenêtre de la chambre.


De la fenêtre de ma chambre, je vois toute la plage avec au loin, en direction du Sud, le Mont Kılıc qui marque la frontière avec la Syrie.


La plage avec au loin, le Mont Kılıc (1728 m).


Pendant deux jours, je vais bien en profiter : piscine, plage et bain de mer le matin, coucher de soleil sur la mer, billard et tennis de table le soir...


La plage de Samandağ.


Avec le maître-nageur sauveteur qui veille au grain depuis son perchoir, on pourrait se croire en Californie, sur la plage de Malibu...


Le maître-nageur sauveteur à son poste d'observation.


On vient ici en famille mais visiblement peu de gens se soucient de l'environnement et chacun abandonne ses déchets à même le sable. Le lendemain, de bon matin, je trouve une plage vide de monde mais jonchée de sacs en plastique, de bouteilles vides et d'emballages en papier... quelle tristesse !


La plage jonchée de détritus.


C'est bien dommage car le site respire le calme et la tranquillité. Seul le bruit des vagues et du vent vient meubler le silence...


Des barques de pêcheurs sur la plage.


En bout de plage, au pied de la montagne, se trouve le site de Séleucie de Piérie, le port antique d'Antioche. Suite à un ensablement progressif, l'eau s'est retirée à quelques centaines de mètres de là, mais on peut encore voir les restes d'un quai. C'est de là que saint Paul dût s'embarquer en 45 pour sa première mission en Asie Mineure.


Les restes d'un quai du port antique.


On sait que le port servit de base navale aux Romains qui tenaient à défendre la frontière orientale de leur empire, notamment contre les Parthes et les Perses. Entièrement détruit en 526, lors d'un tremblement de terre, il ne subsiste que quelques vestiges.


Les vestiges du port antique.


Le noyau de la ville, lui, se trouvait un peu plus sur les hauteurs, à l’abri des attaques venant de la mer. Des fouilles entreprises dans les décombres des demeures romaines des environs ont permis de mettre au jour quelques belles mosaïques.


Danseurs de bacchanales (fêtes dédiées à Bacchus), musée d'Antioche (II-IIIe siècles).


Psyché et Eros, musée d'Antioche (IIIe siècle).


Plus tard, à la fin du XIe siècle,  c'est dans cette même zone que les premiers Croisés débarqueront. L’utilisation du port de Saint Syméon (proche du port antique déjà ensablé à l'époque) facilitera la prise d’Antioche le 3 juin 1098, ville qui leur servira de base pour conquérir Jérusalem un an plus tard, le 15 juillet 1099...

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 17:00


Antioche se situe à une vingtaine de kilomètres de la mer Méditerranée sur une pointe de terre turque qui s'avance vers la Syrie. Le paysage alentour est des plus agréables : maquis sur la montagne, vignes sur les coteaux et cultures dans la vallée.


Carte de la Turquie avec Antakya (Antioche) en point de mire.


Antioche a connu un développement rapide dès l'Antiquité. Sa prospérité et son prestige étaient tels qu'au IIe siècle de notre ère, les Romains la considéraient comme la troisième ville de leur empire après Rome et Alexandrie. Aujourd'hui, c'est une ville de taille modeste : 140 000 habitants contre 400 000 à l'époque !


La ville d'Antioche au pied de la montagne.


Elle a également joué un rôle majeur dans l'expansion du christianisme. C'est ici que, selon la Bible, les apôtres Pierre et Paul auraient enseigné la bonne parole et que, toujours selon la Bible (Acte 11, verset 26),  le terme de "chrétien" aurait été utilisé pour la première fois. La grotte secrète, dans laquelle les premiers disciples se réunissaient, existe toujours.


La falaise abritant l'église troglodytique Saint Pierre (Ier siècle ap. J.-C.).


Malheureusement, elle est fermée pour cause de restauration. Un garde assurant la sécurité du site a la gentillesse de faire une photo de l'entrée de la grotte pour moi. On y voit un mur, accolé à la falaise, que les Croisés ont construit au XIIe siècle pour protéger l'accès de ce haut lieu chrétien.


Le mur protégeant l'entrée de l'église Saint Pierre (XIIe siècle).


Depuis la grotte, un chemin part vers la montagne. Guidé par un habitant, je découvre un buste de la Vierge Marie taillé dans le roc. Il est quelque peu martelé mais sa taille (5 m de haut) reste impressionnante.


Le buste de la Vierge Marie.


La tradition chrétienne est encore bien présente à Antioche. Pour preuve, on y trouve le siège de cinq patriarcats chrétiens : syriaque, maronite, gréco-melchite, jacobite syriaque et grec orthodoxe. Ces derniers continuent de célébrer leurs offices dans une très belle église du centre-ville.


L'église grecque orthodoxe (reconstruite au XIXe siècle).


A l'intérieur, on trouve une magnifique iconostase couverte d'un grand nombre d'icônes.


L'iconostase de l'église.


Détail de l'iconostase avec la Dormition de la Vierge (à gauche), les apôtres Pierre et Paul (au centre) et la Vierge à l'enfant.


Un peu à l'écart, loin du tumulte du centre-ville, on trouve encore quelques anciennes rues avec leur pavage d'origine et une rigole centrale, pour l'évacuation de l'eau.


Une ancienne rue pavée.


Certes, la plupart des maisons auraient bien besoin d'être restaurées mais la couleur défraîchie des façades leur donne un certain cachet.


Une rue de la vieille ville.


C'est dans ce quartier que, d'après l'Eglise catholique romaine, saint Pierre aurait vécu entre 42 et 48.


Détail d'une porte.


Au-dessus de certaines portes, on peut voir des inscriptions en arabe. Rien de surprenant quand on sait que, jusqu'à son intégration au sein de la Turquie en 1939, la ville d'Antioche est restée arabe dans sa culture et que l'arabe demeure encore la langue de prédilection de nombreux habitants.


Une porte avec une inscription en arabe.


En continuant à marcher dans le dédale des ruelles, je découvre de jolies maisons à encorbellement.


Une ruelle bordée de maisons à encorbellement.


Une maison à encorbellement.


Plus loin, j'aperçois la mosquée du quartier qui, de part sa taille et son architecture, se fond parfaitement dans son environnement.


La mosquée Habibi Naccar.


Il n'existe que trois rues pavées dans le vieil Antioche. Lorsqu'on demande pourquoi aux habitants, ils expliquent tout naturellement qu'ils en avaient assez de marcher sur les pavés irréguliers, notamment les femmes avec leurs talons. Ils ont alors demandé à la municipalité de recouvrir les chaussées d'un revêtement en bitume, beaucoup plus sûr !


Une ruelle anciennement pavée, aujourd'hui bitumée.


On pourra toujours regretter la disparition de ces pavés qui contribuaient à la beauté de ces vieux quartiers, mais la ville n'en reste pas moins intéressante par son charme et son histoire. Faire étape à Antioche, c'est replonger dans un passé lointain, au temps de saint Pierre et saint Paul et des premiers chrétiens et constater que les racines de notre civilisation judéo-chrétienne sont aussi dans ce coin du monde...

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