Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 20:05


Les ruines d'Ani se situent à la frontière arménienne qui est officiellement fermée. Les dissensions entre les deux pays sont telles que la zone reste sous le contrôle de l'armée. Bien que le site soit ouvert au public depuis quelques années, il n'existe aucune navette depuis Kars, il faut donc s'en remettre à un chauffeur privé.

 
La carte de la Turquie avec Ani en point de mire.


Notre chauffeur, déniché auprès de l'office de tourisme, roule à tombeau ouvert. Peu importe les nids-de-poule, les gravillons ou la poussière, il fonce. Assis sur la banquette arrière avec d'autres touristes européens, je n'en mène pas large. Bientôt, alors que nous croisons un véhicule venant en sens inverse, un caillou vient heurter le pare-brise, ajoutant une longue fissure à celles déjà existantes...

Après 45 minutes de cahots à travers la steppe, les remparts de l'ancienne capitale arménienne apparaissent enfin.


Les remparts de la ville d'Ani (Xe siècle).


Située sur un important axe commercial Est-Ouest et dotée de défenses naturelles, la ville d'Ani se développe au Xe siècle lorsque le roi d'Arménie Achot III décide d'en faire sa capitale. Il fait construire des remparts, puis un grand palais et une citadelle. La ville s'agrandit et devient, à la fin du Xe siècle, le centre politique, religieux et culturel de toute l'Arménie médiévale. C'est à ce moment là qu'un nombre impressionnant d'églises voit le jour, ce qui lui vaudra le surnom de "ville aux mille et une églises".

On pénètre sur le site par la Porte au Lion (Aslan Kapısı) qui tiendrait son nom du bas-relief représentant un lion sur la muraille intérieure.


La Porte au Lion (Xe siècle).


Une fois la double enceinte franchie, on découvre un paysage pour le moins insolite. Un immense plateau désertique parsemé de ruines s'étend à perte de vue. On a du mal à imaginer que cette ville-fantôme, autrefois peuplée de 100000 habitants, ait pu tenir la dragée haute à Constantinople. Les invasions successives des Byzantins (1045), des Turcs seldjoukides de Perse (1064) et enfin des Mongols (1239) auraient vidé la ville de ses habitants. Un tremblement de terre en 1319 lui aurait donné le coup de grâce. Depuis, les vestiges de cette cité, jadis florissante, sont livrés à la nature.


L'Eglise du Rédempteur (1034-1036).


C'est en m'attachant aux détails des ruines de l'Eglise du Rédempteur que je découvre cette magnifique croix de pierre, ou khatchkar en arménien. C'est une pierre de commémoration gravée, que les Arméniens élevaient lors de la construction d'une église (comme ici), ou pour le salut de leur âme, ou pour commémorer une victoire militaire ou encore pour se protéger des catastrophes naturelles.


Un khatchkar ou croix de pierre arménienne.


Parmi la douzaine de bâtiments encore visibles, principalement des églises, le plus extraordinaire est sans doute l'Eglise Saint-Grégoire-de-Honents (Resimli Kilise). Située au bord du plateau, elle domine les gorges de l'Akhourian, la rivière qui sépare la Turquie de l'Arménie.


L'Eglise Saint-Grégoire-de-Honents (1215).


Sur le mur extérieur, on peut voir de superbes bas-reliefs intacts et une inscription en arménien. Il s'agit d'une énumération des biens (moulins, champs et vignobles) donnés par un riche marchand (Tigrane Honents) pour l'édification de cette église.


Une inscription en arménien sur la façade Est.


A l'intérieur, des fresques, malheureusement très abîmées, représentent des scènes de la Bible et de l'histoire de l'Eglise arménienne.


La coupole ornée de fresques.


En contrebas de l'édifice, on voit les vestiges d'un pont qui enjambait la rivière. Aujourd'hui, une clôture de fils de fer barbelé empêche de passer.


La frontière fermée entre la Turquie et l'Arménie.


Le paysage est tout simplement fabuleux. Le plateau est comme enserré dans une boucle de la rivière. L'Arménie est là, devant moi...


Les gorges de l'Akhourian et au loin la citadelle (Iç Kale).


Il faut se contenter de voir la citadelle de loin car elle est interdite au public. La mosquée, elle, bien que sérieusement endommagée par les épreuves du temps, vaut vraiment le coup d'oeil.


La mosquée Menücer et son minaret octogonal (1072).


Elle présente une architecture singulière, mélange de style arménien et seldjoukide. L'alternance de pierres rouges et noires, notamment, est intéressante. Deux jeunes garçons, armés d'une énorme glacière remplie de bouteilles d'eau, attendent patiemment le client à l'ombre des arcades. L'endroit est stratégique puisque c'est l'édifice le plus éloigné de l'entrée. Et vu la chaleur...


L'intérieur de la mosquée.


Toujours au bord du plateau mais côté Ouest de la cité, l'Eglise Saint-Grégoire d'Abougraments (Polatoğlu Kilise).


L'Eglise Saint-Grégoire d'Abougraments (fin Xe siècle).


Deux militaires en arme discutent tranquillement à l'ombre de l'édifice. Visiblement, ils craignent davantage le soleil qu'une invasion surprise...


L'Eglise Saint-Grégoire d'Abougraments (Xe siècle).


Là aussi, l'architecture est particulière puisque l'église est en forme de rotonde. Au niveau supérieur, la série de colonnes doubles entourant chacune des douze fenêtres est du plus bel effet.


Les arcades ornementées du niveau supérieur.


Nous terminons la visite par un des palais seldjoukides encore debout. Bien que restauré à outrance, il n'en demeure pas moins intéressant.


Le palais seldjoukide.


Sur le portail d'entrée notamment, on retrouve un parement étonnant avec la même bichromie que dans la mosquée.


La porte d'entrée du palais.


Ainsi s'achève la visite d'Ani. Ces ruines, ce paysage... je trouve le site fabuleux. J'aimerais y passer davantage de temps mais il nous faut rentrer.

Sur le chemin du retour, notre chauffeur conduit aussi vite qu'à l'aller. Au loin, une charrette à cheval s'engage sur la chaussée pour se rendre de l'autre côté. Elle a largement le temps de traverser la route. Mais notre chauffeur, sans doute furieux de concéder la priorité à un cheval, accélère et fonce délibérément dessus en klaxonnant. Le pauvre cheval, terrorisé par le bruit, se cabre et fait un écart au passage de notre véhicule au grand dam de son cocher. Comme nous désapprouvons totalement cet acte imbécile, le chauffeur croit bon se justifier en disant :
"Comme ça, il fera attention en traversant la route la prochaine fois."

Décidément, les temps ont bien changé depuis l'époque mongole de Gengis Khan et de Tamerlan, et le cheval n'est plus le roi sur les steppes d'Anatolie...

Partager cet article

Repost 0
Published by Hubert Longépé - dans Anatolie orientale
commenter cet article

commentaires

Yves 16/07/2009 07:50

La Turquie est une pays magnifique avec une richesse culturelle extraordinaire.

Vivement les vacances pour y retourner et visiter de nouveaux lieux.

Hubert Longépé 02/09/2009 11:23


Merci pour votre commentaire et bonnes découvertes dans ce pays magnifique et néanmoins méconnu dans sa partie orientale.


Gracianne 10/04/2009 07:38

Excellent reportage sobre et concis sur cette région frontalière entre la Turquie et l'Arménie.
Edifices religieux parfaitement intégrés au site, rude et quasi désertique.
Au prochain article...

Hubert Longépé 13/04/2009 09:12



C'est effectivement une région qui mérite qu'on s'y attarde. L'(ancienne) Arménie est le premier pays au monde à s'être déclaré chrétien. Imaginez les trésors qui restent à découvrir...



Nat 06/04/2009 20:46

Je comprends fort bien que tu aurais voulu y passer plus de temps, lors de mes deux passages, nous y avons consacré 4 heures et aurions pu rester pratiquement une heure de plus...

Hubert Longépé 13/04/2009 09:21



Si on fait le tour de chaque ruine, et qu'on s'intéresse aux détails architecturaux extérieurs et intérieurs, cela prend effectivement beaucoup de temps.
Malheureusement notre chauffeur nous a imposé la limite de 3 heures sur place.