Dimanche 22 novembre 2009


Après avoir passé deux jours en bord de mer, du côté d'Antioche, je suis curieux de voir la côte Méditerranéenne un peu plus loin, vers l'Ouest. Mon choix se porte sur Kızkalesi, une petite ville au Sud-Ouest de Mersin.


La carte de la Turquie avec Kızkalesi en point de mire.


Le trajet en bus depuis Antioche me permet de voir que la côte est très urbanisée, en particulier entre Mersin et Kızkalesi. Les villes se sont très largement développées autour du tourisme et le mouvement semble s'être accéléré ces dernières années. Ici, on est loin de la Mésopotamie et de la beauté sauvage de ses paysages...


La plage de Kızkalesi.


Kızkalesi a néanmoins quelques atouts, notamment une longue plage réputée être la plus belle de la région. Après avoir déposé mes affaires à l'hôtel, je m'empresse donc d'y aller pour goûter aux joies du sable et de l'eau.


La plage de Kızkalesi.


Alors que je parcours la plage de bout en bout, je suis témoin d'une scène amusante : deux braves hommes se sont couverts de sable, croyant ainsi échapper aux rayons ardents du soleil. Il semble que ce ne soit pas tout à fait efficace, au moins pour l'un d'entre eux...


Bain de soleil sur la plage...


Plus loin, une scène insolite : une dame tout habillée se trouve à moitié ensevelie dans le sable, un parapluie en guise d'ombrelle à la main. Le sable aurait-il des vertus curatives que j'ignore ?


Ou bain de plage sous le soleil...


Autre atout de la ville, le château (Kız Kalesi) qui se dresse juste au-dessus des flots à quelques centaines de mètres de la plage. Il a donné son nom à la ville et en est devenu l'emblème.


Le château de Kızkalesi (XIIe siècle).


Construit au XIIe siècle par les byzantins, il était relié par une digue, aujourd'hui disparue, à un autre château (Korykos) situé quasiment en face, sur le continent. La combinaison des deux forteresses assurait une excellente défense de la ville et de son port.

Des bateaux assurent la navette entre la plage et le petit îlot. Le prix est un peu élevé au vu de la distance, preuve, s'il en est, que nous sommes bien dans une région touristique...


Les bateaux en partance pour le château.


Il n'existe pas de ponton à l'arrivée. Il faut juste sauter au bon moment sur le bon rocher...


La façade Est du château avec le donjon.


Il reste malheureusement peu de vestiges de la forteresse mais on peut néanmoins monter en haut du donjon pour avoir une vue d'ensemble.


Les vestiges des remparts et, au loin, la ville de Kızkalesi.


Le nom de Kız Kalesi, le Château de la Jeune Fille, viendrait d'une légende que voici :

Il était une fois un roi qui avait une fille dont la beauté et les qualités de coeur ravissaient son père autant que les sujets de son royaume. Un jour, une diseuse de bonne aventure lui prédit que sa fille mourrait d'une morsure de serpent dans un proche avenir.


Les vestiges des remparts.


Le roi qui chérissait sa fille chercha tous les moyens de lui épargner une fin aussi tragique. Il lui vint alors l'idée de faire construire un château sur la mer et de l'y installer.


Le château Korykos situé en face, sur le continent.


Mais un jour, un panier de raisin fut apporté au château, un serpent s'en échappa et mordit la jeune fille. La diseuse de bonne aventure avait dit vrai et la prédiction était juste. Le roi en fut bien triste et dut se rendre à l'évidence que nul ne peut échapper à son destin...


Le bateau-navette sur le chemin du retour.


Un peu plus tard, le bateau me ramène sur le continent où je retrouve la plage et son animation. Le soir, quand la nuit tombe, le spectacle est encore assuré par le château et ses illuminations.


Le château par une nuit de pleine lune.


Kızkalesi reste une étape agréable grâce à sa plage et à son château mais les bâtiments modernes qui sont en construction ici et là laissent augurer du pire. L'urbanisation est en marche sur cette partie de la côte et il y a fort à parier que d'ici quelques années le site soit complètement métamorphosé...

Par Hubert Longépé - Publié dans : Côte méditerranéenne
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Dimanche 15 novembre 2009


Après six semaines de pérégrinations sac au dos en Turquie, j'éprouve le besoin de m'arrêter, de marquer une pause. Tous ces paysages et toutes ces rencontres m'ont enchanté les yeux et le coeur mais maintenant, j'aspire à un peu de repos. Samandağ, une petite ville au bord de la mer Méditerranée à une vingtaine de kilomètres au Sud-Ouest d'Antioche, m'apparaît comme le lieu idéal pour faire cette pause.


La carte de la Turquie avec Antioche et Samandağ en point de mire.


La Maison des Enseignants étant en travaux, on m'indique un hôtel en bord de mer. J'arrive en fait dans un hôtel construit directement sur la plage avec piscine, air conditionné et chambres avec vue sur mer, le grand luxe ! Petite folie qui me revient à... 60 Livres turques la chambre, soit environ 30 Є, petit déjeuner et repas du soir inclus !


La plage et la mer Mediterranée vues de la fenêtre de la chambre.


De la fenêtre de ma chambre, je vois toute la plage avec au loin, en direction du Sud, le Mont Kılıc qui marque la frontière avec la Syrie.


La plage avec au loin, le Mont Kılıc (1728 m).


Pendant deux jours, je vais bien en profiter : piscine, plage et bain de mer le matin, coucher de soleil sur la mer, billard et tennis de table le soir...


La plage de Samandağ.


Avec le maître-nageur sauveteur qui veille au grain depuis son perchoir, on pourrait se croire en Californie, sur la plage de Malibu...


Le maître-nageur sauveteur à son poste d'observation.


On vient ici en famille mais visiblement peu de gens se soucient de l'environnement et chacun abandonne ses déchets à même le sable. Le lendemain, de bon matin, je trouve une plage vide de monde mais jonchée de sacs en plastique, de bouteilles vides et d'emballages en papier... quelle tristesse !


La plage jonchée de détritus.


C'est bien dommage car le site respire le calme et la tranquillité. Seul le bruit des vagues et du vent vient meubler le silence...


Des barques de pêcheurs sur la plage.


En bout de plage, au pied de la montagne, se trouve le site de Séleucie de Piérie, le port antique d'Antioche. Suite à un ensablement progressif, l'eau s'est retirée à quelques centaines de mètres de là, mais on peut encore voir les restes d'un quai. C'est de là que saint Paul dût s'embarquer en 45 pour sa première mission en Asie Mineure.


Les restes d'un quai du port antique.


On sait que le port servit de base navale aux Romains qui tenaient à défendre la frontière orientale de leur empire, notamment contre les Parthes et les Perses. Entièrement détruit en 526, lors d'un tremblement de terre, il ne subsiste que quelques vestiges.


Les vestiges du port antique.


Le noyau de la ville, lui, se trouvait un peu plus sur les hauteurs, à l’abri des attaques venant de la mer. Des fouilles entreprises dans les décombres des demeures romaines des environs ont permis de mettre au jour quelques belles mosaïques.


Danseurs de bacchanales (fêtes dédiées à Bacchus), musée d'Antioche (II-IIIe siècles).


Psyché et Eros, musée d'Antioche (IIIe siècle).


Plus tard, à la fin du XIe siècle,  c'est dans cette même zone que les premiers Croisés débarqueront. L’utilisation du port de Saint Syméon (proche du port antique déjà ensablé à l'époque) facilitera la prise d’Antioche le 3 juin 1098, ville qui leur servira de base pour conquérir Jérusalem un an plus tard, le 15 juillet 1099...

Par Hubert Longépé - Publié dans : Côte méditerranéenne
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Dimanche 8 novembre 2009


Antioche se situe à une vingtaine de kilomètres de la mer Méditerranée sur une pointe de terre turque qui s'avance vers la Syrie. Le paysage alentour est des plus agréables : maquis sur la montagne, vignes sur les côteaux et cultures dans la vallée.


Carte de la Turquie avec Antakya (Antioche) en point de mire.


Antioche a connu un développement rapide dès l'Antiquité. Sa prospérité et son prestige étaient tels qu'au IIe siècle de notre ère, les Romains la considéraient comme la troisième ville de leur empire après Rome et Alexandrie. Aujourd'hui, c'est une ville de taille modeste : 140 000 habitants contre 400 000 à l'époque !


La ville d'Antioche au pied de la montagne.


Elle a également joué un rôle majeur dans l'expansion du christianisme. C'est ici que, selon la Bible, les apôtres Pierre et Paul auraient enseigné la bonne parole et que, toujours selon la Bible (Acte 11, verset 26),  le terme de "chrétien" aurait été utilisé pour la première fois. La grotte secrète, dans laquelle les premiers disciples se réunissaient, existe toujours.


La falaise abritant l'église troglodytique Saint Pierre (Ier siècle ap.J.-C.).


Malheureusement, elle est fermée pour cause de restauration. Un garde assurant la sécurité du site a la gentillesse de faire une photo de l'entrée de la grotte pour moi. On y voit un mur, accolé à la falaise, que les Croisés ont construit au XIIe siècle pour protéger l'accès de ce haut lieu chrétien.


Le mur protégeant l'entrée de l'église Saint Pierre (XIIe siècle).


Depuis la grotte, un chemin part vers la montagne. Guidé par un habitant, je découvre un buste de la Vierge Marie taillé dans le roc. Il est quelque peu martelé mais sa taille (5 m de haut) reste impressionnante.


Le buste de la Vierge Marie.


La tradition chrétienne est encore bien présente à Antioche. Pour preuve, on y trouve le siège de cinq patriarcats chrétiens : syriaque, maronite, gréco-melchite, jacobite syriaque et grec orthodoxe. Ces derniers continuent de célébrer leurs offices dans une très belle église du centre-ville.


L'église grecque orthodoxe (reconstruite au XIXe siècle).


A l'intérieur, on trouve une magnifique iconostase couverte d'un grand nombre d'icônes.


L'iconostase de l'église.


Détail de l'iconostase avec la Dormition de la Vierge (à gauche), les apôtres Pierre et Paul (au centre) et la Vierge à l'enfant.


Un peu à l'écart, loin du tumulte du centre-ville, on trouve encore quelques anciennes rues avec leur pavage d'origine et une rigole centrale, pour l'évacuation de l'eau.


Une ancienne rue pavée.


Certes, la plupart des maisons auraient bien besoin d'être restaurées mais la couleur défraîchie des façades leur donne un certain cachet.


Une rue de la vieille ville.


C'est dans ce quartier que, d'après l'Eglise catholique romaine, saint Pierre aurait vécu entre 42 et 48.


Détail d'une porte.


Au-dessus de certaines portes, on peut voir des inscriptions en arabe. Rien de surprenant quand on sait que, jusqu'à son intégration au sein de la Turquie en 1939, la ville d'Antioche est restée arabe dans sa culture et que l'arabe demeure encore la langue de prédilection de nombreux habitants.


Une porte avec une inscription en arabe.


En continuant à marcher dans le dédale des ruelles, je découvre de jolies maisons à encorbellement.


Une ruelle bordée de maisons à encorbellement.


Une maison à encorbellement.


Plus loin, j'aperçois la mosquée du quartier qui, de part sa taille et son architecture, se fond parfaitement dans son environnement.


La mosquée Habibi Naccar.


Il n'existe que trois rues pavées dans le vieil Antioche. Lorsqu'on demande pourquoi aux habitants, ils expliquent tout naturellement qu'ils en avaient assez de marcher sur les pavés irréguliers, notamment les femmes avec leurs talons. Ils ont alors demandé à la municipalité de recouvrir les chaussées d'un revêtement en bitume, beaucoup plus sûr !


Une ruelle anciennement pavée, aujourd'hui bitumée.


On pourra toujours regretter la disparition de ces pavés qui contribuaient à la beauté de ces vieux quartiers, mais la ville n'en reste pas moins intéressante par son charme et son histoire. Faire étape à Antioche, c'est replonger dans un passé lointain, au temps de saint Pierre et saint Paul et des premiers chrétiens et constater que les racines de notre civilisation judéo-chrétienne sont aussi dans ce coin du monde...

Par Hubert Longépé - Publié dans : Côte méditerranéenne
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Dimanche 1 novembre 2009


Gaziantep (Antep la victorieuse) doit son nom aux actes de résistance de ses habitants contre les Alliés au lendemain de la Première Guerre mondiale. Les forces franco-italo-britanniques étaient alors présentes sur le territoire turc pour faire appliquer le Traité de Sèvres (1920) qui prévoyait le démantèlement de l'Empire ottoman, la création d'une Arménie indépendante dans le Nord-Est et d'un Kurdistan autonome dans le Sud-Est. Ce traité ne sera finalement jamais ratifié par l'ensemble de ses signataires...


La carte de la Turquie avec Gaziantep en point de mire.


Dans le centre de la ville se dresse le château fondé au VIe siècle et remanié par les Seldjoukides aux XIIe et XIIIe siècles. Il a survécu aux aléas de l'histoire et se présente fièrement sur un tertre qui semble artificiel. Je ne peux malheureusement pas le visiter car il est en cours de restauration.


Le château (VIe-XIIIe siècles).


Je me dirige alors vers le Musée ethnographique Hasan Süzer. J'y trouve quelques stèles dignes d'intérêt comme celle-ci, évoquant le passé polythéiste de la région.


Teshup, dieu de la Foudre, tenant une hache et un trident (750-700 av. J.-C.).


Ou encore celle-là, montrant le roi mésopotamien Antiochos Commagène qui se croyait l'égal des dieux.


Antiochos serrant la main d'Apollon (60-40 av. J.-C.).


Une autre stèle témoigne du passé chrétien de l'Anatolie à l'époque byzantine.


Deux moines chrétiens (IIe siècle).


Le Musée archéologique, lui, abrite quelques-unes des plus belles mosaïques au monde. Parmi celles-ci, un visage énigmatique. Certains ont cru reconnaître le portrait d'Alexandre le Grand, d'autres, celui de Gaïa, une déesse identifiée à la Terre-Mère. En attendant une preuve tangible, on l'appelle tout simplement "La Bohémienne" à cause de sa coiffe et de ses cheveux désordonnés.


"La Bohémienne" (IIe siècle).


D'autres mosaïques se distinguent par leur composition et leurs couleurs. Beaucoup sont miraculeusement intactes.


Achille envoyé à la guerre de Troie par Odyssée (fin IIe siècle).


On y trouve des scènes de la mythologie grecque nous renvoyant à notre propre histoire. Ici, Europa, en se laissant séduire par Zeus, le dieu des Dieux, gagnera la célébrité éternelle en donnant son nom à un continent.


Zeus, sous les traits d'un taureau, emportant Europa sur son dos (IIe-IIIe siècles).


Toutes ces mosaïques proviennent de Zeugma, une cité antique construite sur les rives de l'Euphrate, non loin d'ici. Alors que le site est menacé par la construction du barrage de Birecik en 1995, des fouilles sont entreprises d'urgence. Elles vont permettre de mettre au jour de nombreux bâtiments importants (temples, théâtre, nécropole) et de grandes demeures romaines.


Aphrodite traversant la mer à bord d'une coquille d'huître (fin IIe-début IIIe siècle).


Les archéologues, conscients de l'intérêt exceptionnel des peintures murales et des mosaïques découvertes sur place,
 les prélèvent pour les mettre à l'abri dans le musée archéologique de Gaziantep et se dépêchent de protéger le site avant la mise en eau du barrage en l'an 2000.


Océan et son épouse Téthys, deux divinités marines (IIe-IIIe siècles).


Malheureusement, quelques années plus tard, lors de la première vidange du réservoir, ils ne pourront que constater les dégâts. Le site, malgré les précautions prises, a grandement souffert de l'inondation et est quasiment détruit. Il nous reste seulement ces quelques chefs-d'oeuvre...


Euphrate, dieu des Rivières (IIe-IIIe siècles).


Dans le quartier du bazar, je m'arrête devant un fırın (four) dont les pide, sorte de pains plats qui se consomment nature ou garnis, me paraissent délicieux.


Les pide sortant du four.


On m'invite à l'intérieur et on m'offre le thé. J'ai alors tout le loisir de regarder les mitrons en train de travailler la pâte.


L'artisan-boulanger et ses mitrons au travail.


Tandis que j'observe l'artisan-boulanger, je le vois cracher dans le four. Il m'explique que c'est juste pour vérifier qu'il est à bonne température ! Ah bon...


L'artisan-boulanger devant son four à pain.


Gaziantep est la capitale de la pistache (12 % de la production mondiale vient de Turquie). A ce titre, on y trouve les meilleurs desserts à base de pistache qui soient. Ici, du kadayıf, une pâtisserie dont la pâte, très fine, ressemble à des cheveux d’ange.


La préparation du kadayıf.


Est-il nécessaire de préciser combien c'est délicieux ?


Le kadayıf sortant du four.


Les baklavas de Gaziantep sont également exceptionnels et que dire de la glace à la pistache ? C'est certain, si vous passez à Gaziantep, votre estomac vous en sera éternellement reconnaissant...

Par Hubert Longépé - Publié dans : Anatolie orientale
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Dimanche 25 octobre 2009


Halfeti est un village de la vallée de l'Euphrate dont l'existence s'est trouvée transformée en l'an 2000 après la mise en eau du barrage de Birecik à 40 km en aval. Ce barrage fait partie d'un vaste programme d'aménagement du Sud-Est anatolien (projet GAP) dont le but principal est d'irriguer 1,7 million d'hectares de terres arides grâce à la construction de 22 barrages sur le Tigre et l'Euphrate.


La carte de la Turquie avec Halfeti en point de mire.


Alors que nous approchons d'Halfeti, je montre une photo de "Capitaine Mehmet" au chauffeur du minibus. Je dois le retrouver afin de lui remettre des photos de la part de Nathalie, mon amie d'Istanbul. Il le connaît. D'ailleurs, tout le monde le connaît ici car c'est l'officier de la capitainerie du petit port d'Halfeti. Le chauffeur me dépose alors directement sur le quai tandis que quelqu'un va le prévenir. C'est ainsi que je fais la connaissance de ce tout petit bonhomme au grand coeur.


"Capitaine Mehmet" posant devant son bateau.


En tant qu'ami de Nathalie, il est hors de question que j'aille à l'hôtel. Il m'invite donc à venir manger et passer la nuit chez lui dans sa famille. Rendez-vous est donc pris pour le soir. En attendant, il me propose une balade en bateau avec son fils. J'accepte volontiers cette promenade sur l'eau, d'autant que la journée a été très chaude.

C'est donc en bateau, par une belle fin d'après-midi, que je découvre le village d'Halfeti, ses maisons en pierre de couleur ocre et sa mosquée... baignant dans les eaux !


La mosquée baignant dans les eaux.


En fait, c'est toute une partie du village qui, après la mise en eau du barrage, s'est trouvée engloutie. A l'époque, de nombreux habitants ont été obligés de déménager. Ils ont été relogés dans de nouvelles maisons construites pour eux un peu plus haut sur le plateau. Aujourd'hui, le visage d'Halfeti a changé mais le charme du village, blotti au pied de la falaise, est resté intact.


Halfeti sur les bords de l'Euphrate.


Nous voilà donc partis en balade sur ce fleuve mythique qui a vu naître quelques unes des plus anciennes civilisations du monde.


La vallée de l'Euphrate, berceau de la civilisation.


Notre embarcation évolue dans un paysage splendide. De chaque côté, des falaises abruptes semblent plonger dans l'eau. C'est le plus jeune des fils de "Capitaine Mehmet" qui tient la barre.


A bord, deux des fils de "Capitaine Mehmet" (au centre) et trois amis de la famille.


Bientôt, sur notre gauche apparaît l'ancienne citadelle de Rumkale. Sa position stratégique était connue dès l'Antiquité. Etablie sur une crête, au confluent de l'Euphrate et d'un de ses affluents, elle permettait de contrôler le trafic fluvial.


L'ancienne citadelle de Rumkale.


Nous décidons d'y faire une halte et accostons au pied de la falaise. L'accès se fait par un petit chemin escarpé taillé dans le roc. Une fois arrivé au niveau des ruines, on découvre une superbe vue sur la vallée de l'Euphrate.


La vallée de l'Euphrate et le chemin d'accès à la citadelle.


Le site est truffé de petites cavernes, en fait d’anciennes maisons troglodytiques, et de vestiges anciens.


Vue sur le Merzumen, un affluent de l'Euphrate.


Nous remontons à bord de notre embarcation et continuons notre promenade sur le fleuve. Un peu plus au Nord, sur la rive opposée, se trouve le village fantôme de Savaşhan. 400 habitants avant le barrage, un seul aujourd'hui... La route étant noyée sous les eaux, le village n'est aujourd'hui accessible qu'en bateau.


Le village fantôme de Savaşhan.


Les maisons sont abandonnées depuis une dizaine d'années et déjà, la végétation prends le dessus. Et dans le paysage aride de cette vallée engloutie, une image surréaliste : celle de la mosquée dont seul le minaret pointe hors de l'eau...


Le minaret de la mosquée de Savaşhan.


Mais l'heure avance et il nous faut songer à faire demi-tour. Yasin, pourtant habitué à emmener les touristes sur le fleuve, ne se lasse pas du paysage.


Yasin, à la proue du bateau lors du second passage devant les ruines de Rumkale.


Rendez-vous est pris le lendemain pour une nouvelle promenade en bateau, vers le Sud cette fois-ci. Nous partons de bon matin. Je suis seul à bord avec Yasin.


La lumière du matin sur les falaises abruptes.


De temps à autre, sur les rives apparaissent quelques hameaux abandonnés. Sur les hauteurs, des trous dans la falaise révèlent l'existence de nombreuses maisons troglodytiques.


Un hameau abandonné et d'anciennes maisons troglodytiques.


Au bout de deux heures de route, nous arrivons à hauteur d'un village de plus grande importance. Quelques rares habitants y vivent encore, préférant vivre loin de tout mais chez eux plutôt que sur le plateau, coupés de leurs racines.


Le village de Gümüşkaya köyü.


Et là, en contrebas des dernières maisons, à l'entrée d'une petite baie, une vision bien étrange.
Celle d'un minaret pointant sa flèche hors de l'eau, comme un dernier salut au ciel...


Le minaret de l'ancienne mosquée.


Sur le chemin du retour, Yasin me confie la barre, à charge pour moi de ramener le bateau à bon port... Pendant ce temps-là, lui, fait la sieste ! Me voilà ainsi promu, l'espace de deux heures, "capitaine" sur le fleuve mythique de l'Euphrate, ce dont je ne suis pas peu fier...


"Capitaine Hubert" à la barre.


L'aménagement du Sud-Est anatolien n'est pas sans conséquences. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont été contraintes de quitter leur maison. L'environnement a subi des dommages irréversibles. De nombreux sites archéologiques ont disparu, noyés sous les eaux, et d'autres devraient subir le même sort car le plan d'aménagement, malgré les controverses et les retards, se poursuit encore aujourd'hui.


Les barrages déjà en service (en noir) et les quatre barrages restant à construire (en jaune).


Enfin, autre problème, et non des moindres, l'exploitation intense du Tigre et de l'Euphrate engendre des tensions avec les pays voisins situés en aval,
 la Syrie et l'Irak, pour qui ces deux fleuves sont vitaux. Demain, bien plus que le pétrole, l'eau risque d'être une source de conflits dans cette région du globe...

Par Hubert Longépé - Publié dans : Anatolie orientale
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